Le Nicaragua claque la porte de l’Unesco après une récompense à un journal dissident
Le Nicaragua claque la porte de l’Unesco après une récompense à un journal dissident

L’attribution du Prix mondial de la liberté de la presse au quotidien en exil La Prensa a provoqué la colère du gouvernement nicaraguayen, qui a décidé de se retirer de l’organisation internationale.

Une récompense qui fait rupture

Le gouvernement nicaraguayen a officiellement notifié son départ de l’Unesco à la suite de l’annonce, le 3 mai 2025, de l’attribution du Prix mondial de la liberté de la presse à La Prensa. Fondé en 1926, ce journal historique est depuis 2021 réduit à une rédaction en exil, après des années de répression et la saisie de ses locaux par le pouvoir en place. Son gérant, Juan Lorenzo Holmann, avait été arrêté la même année, condamné à neuf ans de prison, puis expulsé du pays avec des centaines d’autres opposants en 2023.

Face à cette distinction décernée par l’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, Managua a dénoncé un « acte de trahison » orchestré par une institution « complice ». Dans une lettre adressée à la directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, et consultée par l’AFP, le ministre nicaraguayen des Affaires étrangères accuse La Prensa d’avoir encouragé « la haine et l’ingérence », affirmant que le prix portait atteinte aux « valeurs profondes » de la nation. Audrey Azoulay a exprimé son regret face à cette décision, qui « privera la population du Nicaragua des bénéfices d’une coopération portant sur l’éducation et la culture », tout en réaffirmant que « défendre la liberté de la presse fait partie intégrante du mandat de l’Unesco ».

Un symbole fort de la résistance médiatique

Depuis son bannissement du pays, La Prensa continue de publier en ligne, avec des journalistes réfugiés au Costa Rica, en Espagne, au Mexique, en Allemagne et aux États-Unis. Le journal, qui fut un acteur majeur de la résistance à la dictature d’Anastasio Somoza dans les années 1970, s’est opposé ces dernières années à la dérive autoritaire du président Daniel Ortega et de son épouse Rosario Murillo, vice-présidente devenue de facto « coprésidente ».

« Au Nicaragua, faire du journalisme est devenu un acte de foi », a déclaré Juan Lorenzo Holmann à l’AFP, saluant le prix comme un hommage collectif aux journalistes exilés. Selon Reporters Sans Frontières, qui classe le Nicaragua à la 172e place sur 180 dans son dernier rapport sur la liberté de la presse, la situation des médias indépendants dans le pays relève du « cauchemar ».

Le prix Unesco/Guillermo Cano, qui porte le nom d’un journaliste colombien assassiné en 1986, sera remis lors d’une cérémonie à Bruxelles le 7 mai. Le président du jury, Yasuomi Sawa, a salué le « courage » de La Prensa, estimant qu’il « entretient la flamme de la liberté de la presse malgré l’exil ».

Partager