L’un des clichés les plus marquants du XXe siècle est aujourd’hui au cœur d’un doute historique. La célèbre photographie montrant une fillette vietnamienne courant nue, le corps brûlé au napalm, n’est plus officiellement attribuée à Nick Ut par le concours World Press Photo, en raison de nouvelles révélations qui remettent en question la paternité de l’image.
Un cliché mythique, un auteur désormais incertain
La photo, prise le 8 juin 1972 à Trang Bang pendant la guerre du Vietnam, avait valu à Nick Ut, photographe pour Associated Press, un prix Pulitzer et une reconnaissance mondiale. L’image, devenue symbole des horreurs de la guerre, avait aussi participé à un retournement de l’opinion publique américaine sur le conflit.
Mais un documentaire diffusé en janvier 2025, The Stringer, bouleverse cette version officielle. Il donne la parole à Nguyen Thanh Nghe, un ancien pigiste vietnamien pour AP, qui affirme être l’auteur réel du cliché. Dans le film, un ancien éditeur photo de l’agence à Saïgon, Carl Robinson, admet même avoir modifié la légende de l’image à l’époque, sous la pression de sa hiérarchie.
Suite à ces affirmations, World Press Photo a mené sa propre enquête entre janvier et mai 2025. Le 16 mai, l’organisation a annoncé la suspension du crédit du cliché à Nick Ut, évoquant une impossibilité de trancher de manière définitive, faute de preuves irréfutables. Des éléments techniques, comme la position des photographes ou le type d’appareils utilisés ce jour-là, tendent à indiquer que d’autres étaient peut-être mieux placés que Nick Ut pour capturer ce moment.
Une photo toujours incontestée, un mystère peut-être éternel
L’agence AP, de son côté, maintient le crédit à Nick Ut, tout en admettant que son enquête interne n’a pu écarter toutes les incertitudes. Elle souligne l’absence de preuve formelle attribuant la photo à un autre photographe. Nick Ut, quant à lui, continue d’affirmer avec force qu’il est bien l’auteur de l’image, comme il l’a répété dans un message publié sur Facebook en février.
World Press Photo insiste cependant : si l’auteur exact de l’image demeure sujet à débat, l’authenticité du cliché, elle, n’est pas remise en cause. L’image continue de porter une charge symbolique universelle. Kim Phuc, la « petite fille au napalm », a survécu à ses blessures et vit aujourd’hui au Canada, engagée dans des actions humanitaires.
Plus de cinquante ans après sa prise, cette photo historique reste un témoignage brûlant de la guerre. Mais son origine, désormais, pourrait bien rester à jamais enveloppée de flou.