Hong Kong retient son souffle avant le verdict historique contre Jimmy Lai, figure emblématique de la presse pro-démocratie
Hong Kong retient son souffle avant le verdict historique contre Jimmy Lai, figure emblématique de la presse pro-démocratie

Un tribunal de Hong Kong doit rendre lundi son verdict dans le procès de Jimmy Lai, fondateur du journal pro-démocratie Apple Daily, poursuivi pour complot en vue de commettre des actes de sédition et collusion avec des forces étrangères. Cette affaire est devenue un symbole de la transformation radicale de l’ancienne colonie britannique depuis le durcissement imposé par Pékin après les grandes manifestations de 2019.

Âgé de 78 ans, Jimmy Lai a été arrêté en 2020 en vertu de la loi sur la sécurité nationale instaurée par la Chine pour mettre fin aux protestations massives contre le pouvoir. Son procès, long de 156 jours, est suivi de près par les gouvernements étrangers et les observateurs politiques, qui y voient un test majeur de l’indépendance judiciaire et de la liberté de la presse à Hong Kong, pourtant garanties lors de la rétrocession à la Chine en 1997.

Longtemps considérée comme un bastion asiatique de la liberté d’expression, la ville a vu son paysage politique et médiatique profondément bouleversé. La loi sur la sécurité nationale a permis des poursuites contre de nombreux militants et responsables de l’opposition, entraînant la fermeture de dizaines d’organisations de la société civile et l’émigration de milliers de résidents vers l’étranger. Jimmy Lai a été l’un des premiers grands noms à être inculpé dans ce cadre.

Ancien magnat du textile devenu patron de presse après la répression de Tiananmen en 1989, Jimmy Lai défendait l’idée que l’information était indissociable de la liberté. Apple Daily s’était imposé par son ton populaire, son soutien affirmé à la démocratie et ses appels répétés à la mobilisation citoyenne. Arrêté lors d’une spectaculaire perquisition de la rédaction en 2020, il est détenu depuis décembre de la même année. Le journal a été contraint de fermer en 2021 après le gel de ses avoirs, sa dernière édition s’étant écoulée en quelques heures.

Au cœur des accusations figure l’idée que Jimmy Lai aurait cherché à pousser les États-Unis et d’autres pays à sanctionner la Chine. S’il a reconnu avoir plaidé pour de telles mesures avant l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale, il affirme s’être arrêté ensuite. Les procureurs estiment néanmoins qu’il a continué à tenter d’influencer l’opinion internationale par ses écrits et ses interventions publiques, une analyse vigoureusement contestée par sa défense, qui invoque la liberté d’expression.

Les relations internationales de Jimmy Lai ont également été largement scrutées, notamment ses rencontres avec de hauts responsables américains durant les manifestations de 2019. L’accusation y voit la preuve d’une volonté constante de solliciter des actions hostiles contre Pékin, tandis que la défense dénonce une interprétation abusive de contacts politiques et médiatiques. Plusieurs anciens cadres de Apple Daily ont plaidé coupable et témoigné contre lui, renforçant la complexité du dossier.

Citoyen britannique, Jimmy Lai bénéficie du soutien affiché de Washington et de Londres, qui réclament sa libération. Pékin, au contraire, le décrit comme un instrument de forces étrangères hostiles à la Chine. Affaibli physiquement selon ses proches, il encourt, s’il est reconnu coupable, des peines pouvant aller jusqu’à la prison à vie. Le verdict attendu lundi pourrait marquer un tournant durable pour Hong Kong et son avenir politique.

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