Jean Jaurès
Jean Jaurès

Il y a 121 ans jour pour jour, Jean Jaurès lançait L’Humanité, un quotidien destiné à porter la voix du socialisme. Retour sur une fondation à la fois politique et journalistique.

Un journal né d’une conviction militante

Le 18 avril 1904, Jean Jaurès, alors député socialiste et intellectuel engagé, fait paraître le premier numéro de L’Humanité. Dans un paysage médiatique dominé par les intérêts bourgeois ou patronaux, il souhaite fonder un journal libre, financé par des sympathisants et non soumis à des pressions économiques ou partisanes. Le quotidien, vendu à cinq centimes, connaît dès son lancement un succès d’ampleur, avec un tirage de 130 000 exemplaires. Jaurès y signe un éditorial fondateur, Notre but, dans lequel il affirme que « la grande cause socialiste et prolétarienne n’a besoin ni du mensonge, ni du demi-mensonge ».

Le journal se veut à la fois un outil de combat politique et un espace d’unification du mouvement ouvrier. Jaurès y plaide pour une information rigoureuse, accessible et loyale, loin de toute manipulation : « Nous voudrions que le journal fût en communication constante avec tout le mouvement ouvrier, syndical et coopératif », écrit-il. Il s’engage aussi à ce que l’indépendance financière du journal garantisse sa liberté éditoriale : aucun groupe d’intérêt ne doit en dicter la ligne.

De Jaurès à la postérité : une histoire mouvementée

L’Humanité s’inscrit d’emblée dans une ambition intellectuelle forte, accueillant sous sa bannière des signatures majeures de l’époque : Léon Blum, Anatole France, Aristide Briand ou encore Octave Mirbeau. Mais le journal porte aussi l’empreinte de son fondateur, dont l’engagement pour la justice sociale et la paix traverse chaque ligne.

Avant même la création de L’Humanité, Jaurès avait signé plus de 1300 articles pour La Dépêche de Toulouse et collaboré à La Petite République, s’y illustrant notamment comme défenseur de Dreyfus. Mais, selon Le Gaulois, c’est le besoin d’un espace où « il ne refléterait que sa propre pensée » qui le pousse à lancer L’Humanité.

Après l’assassinat de Jaurès en 1914, le journal traverse les bouleversements du XXe siècle : Première Guerre mondiale, scission du socialisme au congrès de Tours en 1920, puis alignement sur la ligne communiste. Dans les années 1930, il devient un quotidien populaire, très lu dans les milieux ouvriers, bien plus qu’à ses débuts.

Aujourd’hui encore, L’Humanité perpétue une tradition de presse engagée, fidèle à l’héritage de son fondateur. À travers son journal, Jean Jaurès avait voulu offrir à la démocratie un outil d’émancipation intellectuelle, un contre-pouvoir fidèle aux idéaux de justice, d’unité et de vérité. Un combat toujours d’actualité.

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