Trump signe la loi « Take It Down » pour lutter contre les deepfakes et les contenus intimes non consensuels
Trump signe la loi « Take It Down » pour lutter contre les deepfakes et les contenus intimes non consensuels

Le président américain Donald Trump a promulgué lundi la loi « Take It Down Act », une nouvelle législation fédérale bipartisane destinée à réprimer plus fermement la diffusion d’images intimes non consensuelles, y compris celles générées par intelligence artificielle. Le texte entre en vigueur immédiatement et impose aux plateformes numériques un délai strict de 48 heures pour supprimer tout contenu signalé par une victime.

Portée par le sénateur républicain Ted Cruz et la sénatrice démocrate Amy Klobuchar, la loi interdit la publication ou la menace de publication d’images intimes sans le consentement des personnes concernées, qu’elles soient réelles ou générées artificiellement par des technologies de type deepfake. Elle impose également aux réseaux sociaux et sites internet de supprimer les duplicatas d’un même contenu, renforçant ainsi la réponse aux abus souvent viraux en ligne.

La loi a reçu un soutien transversal, notamment celui de la Première dame Melania Trump, qui s’est engagée publiquement en faveur de cette cause en mars, dénonçant les effets dévastateurs sur les adolescents victimes de ces pratiques. L’initiative a été inspirée par l’histoire d’une jeune fille de 14 ans dont l’image deepfake avait circulé en ligne pendant près d’un an sans être supprimée par la plateforme concernée.

Des géants technologiques comme Meta, maison-mère de Facebook et Instagram, soutiennent la mesure. « La diffusion d’images intimes sans consentement, qu’elles soient réelles ou générées par IA, peut être dévastatrice », a déclaré Andy Stone, porte-parole du groupe. Des think tanks technologiques y voient également un pas important vers une meilleure protection des victimes face aux usages abusifs de l’intelligence artificielle.

Toutefois, la loi ne fait pas l’unanimité. Plusieurs associations de défense des libertés numériques, dont l’Electronic Frontier Foundation (EFF), craignent une dérive vers la censure. Selon l’EFF, le texte est trop vague, laisse place aux abus et pourrait mener à la suppression arbitraire de contenus parfaitement légaux comme des œuvres pornographiques consensuelles, des documents journalistiques ou encore des images LGBTQ. L’organisation déplore aussi l’absence de garde-fous contre les signalements malveillants, notamment dans un contexte où les plateformes s’appuient souvent sur des filtres automatisés peu fiables.

Le Cyber Civil Rights Initiative a également exprimé ses réserves, jugeant la loi inconstitutionnellement floue et trop large dans sa portée. L’organisation cite le risque que des photos de manifestations publiques ou de campagnes d’identification policière soient injustement supprimées.

Malgré ces critiques, Klobuchar défend un « tournant majeur pour les victimes d’abus en ligne », estimant que la loi offre enfin des outils légaux pour faire retirer ce type de contenu et poursuivre les auteurs. Pour Cruz, il s’agit de faire face aux « prédateurs qui exploitent la technologie pour diffuser ces ignominies », tout en obligeant les grandes plateformes à assumer leurs responsabilités.

La loi marque ainsi un jalon dans la régulation du numérique aux États-Unis, à l’heure où l’essor des deepfakes rend de plus en plus difficile la distinction entre réel et virtuel, avec des conséquences bien réelles pour les victimes.

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