MOSCOU – À la veille de pourparlers de paix potentiellement historiques entre la Russie et l’Ukraine à Istanbul, l’incertitude persiste sur la participation personnelle des deux figures centrales du conflit : Vladimir Poutine et Donald Trump. Alors que Moscou a confirmé l’envoi d’une délégation, le Kremlin garde le silence sur l’identité de ses représentants, tandis que Trump, architecte de l’initiative, affirme encore « réfléchir » à sa présence.
Proposée par Poutine dimanche comme une rencontre « sans conditions préalables », cette initiative vise à ouvrir un dialogue direct avec Kiev, une première depuis mars 2022. Pourtant, à moins de 24 heures du rendez-vous, aucune information claire n’a été fournie sur la participation du président russe lui-même. « Nous publierons la composition de la délégation quand le président nous y autorisera », a déclaré mercredi Dmitri Peskov, son porte-parole.
Du côté américain, Trump a intensifié la pression en appelant Kiev à se rendre aux pourparlers, ce à quoi le président Volodymyr Zelenskiy a répondu favorablement, mais à une condition : que Poutine se présente également. « S’il n’a pas peur, qu’il vienne », a lancé Zelenskiy. En retour, Trump, depuis Air Force One en route vers Doha, a confié ne pas savoir si Poutine se présenterait : « Il aimerait que je sois là, et c’est une possibilité… Nous allons le découvrir. »
Si Trump décidait d’y assister, ce sommet pourrait devenir le théâtre de la première rencontre directe entre les présidents américain, russe et ukrainien depuis l’escalade majeure du conflit en février 2022. Faute de sa présence, il a prévu d’y dépêcher une délégation menée par le secrétaire d’État Marco Rubio, accompagnée de ses émissaires Steve Witkoff et Keith Kellogg.
En Ukraine, une source diplomatique a confirmé que la délégation se rendrait à Istanbul uniquement si la participation de Poutine était avérée. Les autorités ukrainiennes attendent toujours une confirmation de la Russie, tandis que les spéculations vont bon train sur la présence possible de figures influentes comme le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ou le conseiller Youri Ouchakov. Toutefois, selon le journal russe Kommersant, Lavrov ne fera pas le déplacement.
Sur le fond, Trump pousse en faveur d’un cessez-le-feu de 30 jours, proposition également soutenue par Zelenskiy. Poutine, lui, préfère un processus graduel, suggérant de commencer par des discussions sur les termes du cessez-le-feu. Le président américain a également laissé entendre qu’il pourrait renforcer les sanctions contre Moscou si celle-ci freinait les avancées diplomatiques.
Dans une guerre qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes et déplacé des millions d’Ukrainiens, l’impasse politique reflète la complexité des intérêts et la fragilité d’un éventuel processus de paix. Jeudi à Istanbul, le monde pourrait observer le premier frémissement d’un dialogue ou un nouvel épisode de diplomatie suspendue.