À quelques mois de l’élection présidentielle prévue en octobre, les tensions politiques montent en Tanzanie où les autorités ont arrêté lundi Amani Golugwa, haut responsable du principal parti d’opposition CHADEMA. Ce dernier s’apprêtait à se rendre à Bruxelles pour participer à une conférence internationale sur la démocratie organisée par l’Union internationale démocrate (IDU), regroupement de partis de centre-droit.
L’arrestation a eu lieu à l’aéroport international Julius Nyerere de Dar es Salaam, selon une annonce du CHADEMA publiée sur le réseau X. La police tanzanienne a confirmé l’interpellation via son compte Instagram, affirmant que Golugwa « a tendance à quitter et revenir dans le pays sans suivre les procédures légales ». L’affaire serait désormais entre les mains de la zone spéciale de police de Dar es Salaam, en coordination avec d’autres services de sécurité.
L’IDU, dont CHADEMA est membre au même titre que les conservateurs britanniques ou le Parti républicain américain, a condamné l’arrestation dans des termes fermes. « Réduire au silence les voix de l’opposition est une atteinte au fondement même de la démocratie. Nous demandons sa libération immédiate », a déclaré l’organisation dans un communiqué publié sur X.
Ce nouvel épisode intervient dans un climat de plus en plus tendu en Tanzanie, où les arrestations de figures de l’opposition se sont multipliées ces dernières semaines. Le mois dernier, Tundu Lissu, chef de file du CHADEMA et ancien candidat à la présidence, a lui aussi été arrêté. Il est désormais accusé de trahison après avoir tenu des discours jugés « incitatifs » par les procureurs. Lissu avait récemment mené une série de rassemblements appelant à une réforme du processus électoral, sous le slogan « Pas de réformes, pas d’élections ».
Dans la foulée de son arrestation, la commission électorale nationale a disqualifié le CHADEMA des prochaines élections, invoquant le refus du parti de signer un code de conduite électorale exigé des formations participantes. Ce geste a été largement perçu comme une tentative d’éliminer un adversaire politique majeur.
La présidente Samia Suluhu Hassan, au pouvoir depuis 2021 et candidate à sa propre succession, affirme pourtant s’engager en faveur du respect des droits humains. Mais ces arrestations successives et l’exclusion du CHADEMA soulèvent de sérieuses inquiétudes sur les intentions du pouvoir à l’approche du scrutin.
L’opposition et plusieurs ONG internationales dénoncent une dérive autoritaire et appellent à une mobilisation de la communauté internationale pour garantir des élections libres, équitables et inclusives en Tanzanie.