DAR ES SALAAM — Tundu Lissu, principal chef de l’opposition en Tanzanie, a comparu lundi devant le tribunal de première instance de Kisutu à Dar es Salaam, accusé de trahison. Il s’est présenté poing levé, saluant ses partisans en scandant des slogans pro-réformes, dans un climat politique de plus en plus tendu à l’approche des élections générales d’octobre.
Ancien candidat à la présidentielle pour le parti CHADEMA, Lissu est accusé par les autorités d’avoir incité la population à la rébellion et d’avoir appelé à perturber le processus électoral. Son arrestation en avril avait déjà déclenché une vague d’indignation à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il s’agit de sa première comparution physique après avoir boycotté une précédente audience organisée en ligne.
Lundi, les procureurs ont indiqué que l’enquête était toujours en cours, et l’affaire a été reportée au 2 juin. L’avocat de Lissu, Rugemeleza Nshala, a dénoncé une procédure « bâclée » visant à intimider un adversaire politique. Lissu, grièvement blessé lors d’une attaque armée en 2017, est une figure centrale de l’opposition et un fervent défenseur des réformes électorales.
Cette affaire survient alors que la présidente Samia Suluhu Hassan, qui brigue un nouveau mandat, cherche à soigner son image en matière de droits humains. Pourtant, plusieurs arrestations et l’expulsion de personnalités étrangères venues observer le procès alimentent les doutes. Parmi elles, Martha Karua, ancienne ministre de la Justice du Kenya, et l’ex-président de la Cour suprême, Willy Mutunga, ont été refoulés dès leur arrivée à Dar es Salaam.
Dans une allocution télévisée, la présidente Hassan a mis en garde les défenseurs étrangers des droits humains contre toute tentative d’« ingérence » dans les affaires internes de la Tanzanie, appelant les services de sécurité à empêcher leur entrée sur le territoire.
Le parti CHADEMA, quant à lui, refuse de participer aux prochaines élections sans réforme du système électoral, qu’il juge biaisé en faveur du parti au pouvoir. L’affaire Lissu risque de polariser davantage le paysage politique tanzanien et d’intensifier les tensions diplomatiques régionales.