VARSOVIE, 18 mai 2025 — Les électeurs polonais sont appelés aux urnes ce dimanche pour un premier tour de l’élection présidentielle qui pourrait redéfinir l’orientation politique du pays, entre renforcement du cap pro-européen du gouvernement actuel et retour des forces nationalistes proches de Donald Trump. Ce scrutin constitue un test crucial pour le Premier ministre Donald Tusk, fervent défenseur de l’intégration européenne, face à une opposition revigorée par le retour de Trump sur la scène internationale.
Le principal duel oppose Rafal Trzaskowski, maire libéral de Varsovie et candidat de la Coalition civique (KO), à l’historien conservateur Karol Nawrocki, soutenu par le parti nationaliste Droit et Justice (PiS), évincé du pouvoir en 2023. Trzaskowski, donné favori, pourrait affronter Nawrocki au second tour prévu le 1er juin si aucun des candidats ne franchit la barre des 50 % des suffrages dès ce dimanche.
La présidentielle polonaise se déroule dans un climat européen tendu, alors que l’influence de Trump galvanise les courants eurosceptiques à travers le continent. Le scrutin se tient le même jour que le second tour de la présidentielle en Roumanie, où le candidat nationaliste George Simion affronte le centriste Nicusor Dan. Une double victoire des eurosceptiques serait un signal fort au sein de l’UE, déjà ébranlée par la guerre en Ukraine et les tensions commerciales ravivées par Trump.
Bien que le président polonais dispose de pouvoirs limités, notamment le droit de veto sur les lois, ce pouvoir s’est révélé crucial. L’actuel président Andrzej Duda, allié du PiS, a ainsi entravé les réformes judiciaires de Donald Tusk, qui accuse le PiS d’avoir miné l’État de droit. Trzaskowski a promis de renforcer l’intégration européenne, de réparer les institutions judiciaires et de rétablir le dialogue avec Bruxelles. Il se veut un rempart contre « le chaos » hérité de ses prédécesseurs.
En face, Nawrocki s’inscrit dans la droite ligne du PiS, dénonçant l’idéologie libérale incarnée par Trzaskowski. Soutenu par Trump, qu’il a rencontré récemment à la Maison Blanche, il oppose sa vision conservatrice et identitaire à celle, progressiste, de son adversaire. Il a fustigé le retrait de symboles chrétiens des bâtiments publics à Varsovie et défend une politique de priorité nationale dans l’accès aux services publics, sur fond de tensions liées à l’accueil de réfugiés ukrainiens.
Le scrutin pourrait marquer un tournant décisif pour la Pologne, partagée entre ses aspirations européennes et une tentation souverainiste alimentée par la droite dure. Si Trzaskowski l’emporte, ce serait un renforcement du gouvernement pro-UE de Tusk. Une victoire de Nawrocki, en revanche, relancerait l’influence du PiS et pourrait installer une nouvelle ère de cohabitation conflictuelle dans un contexte géopolitique incertain.