L’Union européenne a réimposé vendredi les droits de douane et quotas agricoles qui étaient en vigueur avant la guerre en Ukraine, mettant fin à une période d’exemption commerciale instaurée en 2022 pour soutenir l’économie ukrainienne face à l’invasion russe. Cette décision, à la fois politique et économique, vise à ménager un équilibre délicat entre la solidarité envers Kiev et la protection des intérêts agricoles des États membres.
En juin 2022, l’UE avait suspendu temporairement les barrières tarifaires sur les produits agricoles ukrainiens, dans le but de permettre à l’Ukraine de continuer à exporter malgré les blocages maritimes imposés par la Russie. Cette suspension a expiré jeudi, et les règles d’avant-guerre s’appliquent à nouveau depuis vendredi, le temps que les deux parties négocient un nouvel accord. Celui-ci devrait fixer des quotas intermédiaires, moins stricts que ceux prévus par l’ALECA (l’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine), mais plus limités que les volumes d’importation atteints durant la guerre.
Le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, a déclaré à Reuters qu’un compromis pourrait être trouvé d’ici l’été. « Ce qui sera négocié sera quelque chose entre les quotas prévus par l’ALECA existant et les mesures commerciales autonomes », a-t-il précisé. L’Ukraine, de son côté, espère obtenir des quotas supérieurs aux plafonds d’avant-guerre, compte tenu de l’importance stratégique de ses exportations agricoles.
Les agriculteurs européens, notamment dans les secteurs du sucre, de la volaille et des œufs, ont exprimé leur inquiétude face à l’afflux de produits ukrainiens à bas prix. En réponse, l’UE avait déjà activé en 2024 des « freins d’urgence » pour rétablir partiellement les quotas sur certains produits sensibles. Par exemple, les importations de sucre ukrainien ont atteint 500 000 tonnes en 2023/2024, bien au-delà du quota initial de 20 000 tonnes. Hansen a toutefois reconnu que les nouveaux plafonds pour ces produits devraient être « considérablement plus élevés ».
L’enjeu économique est de taille pour Kiev. Les produits agricoles représentent environ 60 % des exportations ukrainiennes, dont 60 % sont destinées à l’Union européenne. La perte d’un accès préférentiel au marché européen pourrait coûter à l’Ukraine jusqu’à 3,5 milliards d’euros par an, selon des estimations de responsables ukrainiens.
Malgré les tensions commerciales, Bruxelles affirme vouloir maintenir son soutien à l’Ukraine. « Notre solidarité avec l’Ukraine est plus forte que jamais », a souligné Christophe Hansen, tout en rappelant que les sensibilités agricoles des États membres devaient également être prises en compte. Un accord, s’il est conclu rapidement, permettrait d’éviter de creuser davantage les tensions entre intérêts économiques européens et impératifs géopolitiques.