La députée insoumise Ersilia Soudais connaîtra en janvier 2026 le verdict de son procès devant les prud’hommes. L’élue de Seine-et-Marne est accusée d’avoir licencié abusivement une collaboratrice parlementaire pour la remplacer par son compagnon étranger, rencontré lors d’un voyage en Jordanie. Cette affaire s’ajoute à une longue série de polémiques liées à la gestion de son équipe parlementaire. Entre un communicant qualifié de « harceleur de journalistes » et un autre assistant appelant à « l’insurrection » contre l’État et à « l’Intifada dans les rues de Paris », la députée mélenchoniste incarne plus que jamais les dérives d’une gauche donneuse de leçons, prompte à dénoncer les autres mais aveugle à ses propres excès. Enquête sur une élue en pleine tourmente, dont le cabinet semble devenu le miroir des contradictions morales et politiques de La France insoumise.
L’affaire aurait pu passer pour un simple contentieux du travail. Elle révèle pourtant un climat délétère dans le cabinet de la députée de La France insoumise (LFI), Ersilia Soudais, déjà coutumière des polémiques. Depuis plusieurs semaines, l’élue de Seine-et-Marne est visée par une procédure devant le conseil des prud’hommes de Paris, accusée par une ancienne collaboratrice parlementaire d’avoir rompu abusivement son contrat pour recruter son compagnon à la place. Une affaire embarrassante pour celle qui se présente volontiers comme porteuse d’un discours féministe et égalitaire.
Recrutée via Pôle emploi, Marie (prénom d’emprunt) avait été engagée en CDI à temps partiel en janvier 2024, pour un salaire mensuel d’environ 1 650 euros. Deux mois plus tard, la députée l’aurait congédiée en lui lançant : « Je ne sais pas comment te le dire, ça ne le fait pas, ça ne matche pas. » Selon L’Informé, la plaignante dénonce une rupture abusive et réclame plus de 16 000 euros d’indemnisation.
La défense d’Ersilia Soudais, assurée par Me Marlène Elmassian, affirme au contraire que la collaboratrice a elle-même mis fin à sa période d’essai par courrier, dénonçant des « demandes financières excessives ». L’élue d’extrême-gauche estime que son ex-employée réclame dix mois de salaire pour seulement deux mois de travail effectif.
Mais pour la plaignante, l’affaire cache une tout autre réalité : une mise à l’écart motivée par la volonté de favoriser un collaborateur proche de la députée, avec lequel elle entretiendrait une relation amoureuse depuis un voyage en Jordanie début 2024. Cet homme, un étudiant étranger, aurait ensuite été embauché à temps plein, mieux payé que les autres membres de l’équipe parlementaire.
Face aux juges, Ersilia Soudais a justifié cette différence de traitement par la maîtrise de l’arabe du nouvel attaché, utile selon elle pour « rencontrer des associations de femmes » dans sa circonscription. Une explication qui laisse dubitatif, d’autant que la maîtrise de cette langue ne figurait pas dans l’offre d’emploi initiale. L’avocate de la plaignante réclame une condamnation « exemplaire », pointant l’hypocrisie d’une élue « qui donne des leçons de morale à tout le monde ». Le jugement est attendu pour janvier 2026.
Une gestion de cabinet entachée de polémiques
Ce procès n’est que le dernier épisode d’une série de scandales entourant la députée. En août 2024, Ersilia Soudais avait suscité un tollé en publiant sur TikTok une vidéo où elle présentait son équipe de collaborateurs. On y voyait notamment son responsable de communication, Mathieu Garnier (candidat malheureux aux législatives partielles en Seine-et-Marne en 2024), qu’elle introduisait en plaisantant comme « un harceleur de journalistes ». Une « blague » de mauvais goût, surtout après que le journaliste Lucas Jakubowicz a révélé avoir été harcelé par le même Garnier, qui se moquait notamment de sa famille déportée pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mathieu Garnier
Malgré la gravité des accusations, la députée n’avait pas publiquement condamné les agissements de son collaborateur, provoquant la colère de nombreux internautes et d’autres personnalités, dont l’humoriste Sophia Aram. Une attitude qui a nourri le malaise autour de la gestion de son équipe et du discernement de l’élue quant à ses soutiens.
Quelques mois plus tard, un autre proche d’Ersilia Soudais faisait parler de lui : Ritchy Thibault, un militant d’ultra-gauche qui avait lancé des appels à l’insurrection et à l’Intifada (« soulèvement » en arabe) dans les rues de Paris. Il réclamait aussi la « constitution de brigades d’autodéfense populaire ». Interdit d’accès à l’Assemblée nationale après un discours jugé incitatif à la violence, il avait également été poursuivi pour avoir crié à Emmanuel Macron : « L’éborgneur, n’oublie jamais que nous sommes dans le pays de la Révolution française ! ».

Ritchy Thibault
Ritchy Thibault cumulait les polémiques : plainte de Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, après des insultes visant la police, signalement du préfet de Paris pour « incitation à la haine », inscription dans les fichiers de prévention de la radicalisation. Face à la pression politique et médiatique, LFI et la députée Soudais ont fini par annoncer la fin de leur collaboration, non sans confusion : selon son avocat, le jeune militant était toujours sous contrat au moment de l’annonce.
L’Insoumise de trop ?
À mesure que les scandales s’accumulent, le profil d’Ersilia Soudais apparaît de plus en plus controversé. Fille du journaliste, ex-rédacteur en chef adjoint de Politis, Michel Soudais, issue d’un milieu militant de gauche, l’enseignante de Bussy-Saint-Georges s’était fait élire en 2022 sur une image de militante engagée contre « l’extrême droite ». Deux ans plus tard, c’est sa propre gestion humaine et politique qui est mise en cause : accusations de favoritisme, provocations sur les réseaux sociaux, collaborateurs radicalisés ou violents.
Ces affaires successives interrogent sur les pratiques internes du mouvement insoumis, où les parlementaires disposent d’une grande liberté de recrutement et de gestion, souvent sans réel contrôle. Le procès de janvier 2026 sera celui d’une élue donneuse de leçons qui devra, à son tour, rendre des comptes sur sa conception du travail, de la morale et du pouvoir.