Alvaro Uribe, ancien président de la Colombie et figure emblématique de la droite, a été reconnu coupable lundi d’abus de procédure et de corruption d’un fonctionnaire par un tribunal colombien, dans le cadre d’une affaire de subornation de témoin vieille de plus d’une décennie. Cette décision marque une première historique : Uribe devient le premier ex-chef d’État colombien à être condamné dans le cadre d’un procès pénal.
La juge Sandra Liliana Heredia a prononcé la sentence lors d’une audience marathon qui a duré près de dix heures. Selon sa décision, Uribe a tenté d’influencer des témoins afin qu’ils modifient leurs déclarations à son avantage. Il a toutefois été acquitté d’une autre accusation de corruption. Le jugement est intervenu dans un climat politique tendu, à l’approche des élections générales de 2026, où les tensions partisanes s’intensifient.
L’équipe juridique d’Uribe a immédiatement fait savoir qu’elle comptait faire appel de la décision, dénonçant une procédure motivée par des considérations politiques. L’ancien président lui-même continue de clamer son innocence, soutenu par ses partisans qui dénoncent une persécution judiciaire. Les avocats ont insisté sur le fait que le dossier manquait de preuves directes et affirment que le procès n’a pas respecté les garanties fondamentales.
La juge Heredia doit annoncer la peine infligée à Uribe ce vendredi. En Colombie, les délits pour lesquels il a été reconnu coupable peuvent entraîner plusieurs années de prison, bien que le caractère inédit de l’affaire pourrait influencer la sévérité de la sentence.
Cette condamnation est l’aboutissement d’un dossier judiciaire particulièrement complexe, entamé en 2012, lorsque Uribe a été accusé d’avoir tenté de manipuler des témoignages dans le cadre d’une enquête sur ses liens présumés avec des groupes paramilitaires. Le procès, largement suivi dans le pays, a été marqué par de nombreux rebondissements juridiques et une forte polarisation de l’opinion publique.
Alvaro Uribe, qui a dirigé la Colombie de 2002 à 2010, reste une figure influente de la politique nationale. Malgré les scandales, il conserve un socle solide de partisans, notamment dans les rangs du parti de droite qu’il a fondé, le Centre Démocratique. Sa condamnation pourrait toutefois redessiner les lignes du débat politique colombien à l’approche des prochaines élections.