L’entrée dans l’euro approuvée, la Bulgarie reste profondément divisée sur la transition monétaire
L’entrée dans l’euro approuvée, la Bulgarie reste profondément divisée sur la transition monétaire

La Bulgarie a officiellement reçu, mercredi, le feu vert de la Commission européenne pour rejoindre la zone euro à partir du 1er janvier 2026. Cette décision marque une étape historique pour ce pays des Balkans, membre de l’Union européenne depuis 2007, qui deviendra ainsi le 21e État à adopter la monnaie unique. Pourtant, cette annonce suscite autant d’enthousiasme que de craintes parmi la population.

Dans la station de ski de Bansko, Igor Ruge, directeur de deux hôtels, se félicite de cette perspective. Il y voit une opportunité de rendre la destination plus accessible et attrayante pour les touristes européens. « Il sera beaucoup plus facile pour tout le monde dans la zone euro de comprendre notre valeur », a-t-il déclaré à Reuters, soulignant les retombées positives attendues sur le tourisme et les investissements étrangers.

Mais à l’échelle nationale, l’adhésion à l’euro est loin de faire l’unanimité. Un récent sondage Eurobaromètre révèle que 50 % des Bulgares sont opposés à la monnaie unique, en hausse par rapport aux 46 % de novembre dernier. La défiance envers les institutions, alimentée par des années de corruption, d’inégalités criantes et de crises politiques à répétition, mine la confiance dans une transition perçue comme risquée.

Les inquiétudes se concentrent notamment sur une éventuelle flambée des prix, comme cela a pu être observé dans d’autres pays lors de leur passage à l’euro. Le gouvernement bulgare s’est engagé à surveiller étroitement les tarifs pour éviter toute hausse abusive. « Il est important d’assurer un suivi constant des prix », a assuré la ministre des Finances Temenuzhka Petkova, ajoutant que la transparence et l’information seraient les clés du succès.

Dans les commerces, les prix sont déjà affichés en euros et en levs pour habituer les consommateurs au changement. La Banque centrale, de son côté, finalise les infrastructures nécessaires à cette transition et prévoit une vaste campagne de communication. Mais cela ne suffit pas à apaiser les tensions.

À Sofia, des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le Parlement à l’appel du parti ultranationaliste Renouveau, brandissant des drapeaux bulgares et des pancartes hostiles à « l’euro-colonialisme ». Ce mouvement reflète une inquiétude plus profonde dans une partie de la population, notamment dans les zones rurales, plus vulnérables à l’inflation.

À Pernik, petite ville à l’ouest de la capitale, Nikola Ragev, retraité de 75 ans, vend des légumes sur le marché. Il craint que l’euro ne fragilise encore davantage les ménages modestes. « Les gens sont devenus très pauvres et comptent leurs stotinki quand ils font leurs courses, pas leurs euros », confie-t-il.

Alors que le salaire moyen mensuel plafonne à environ 1 420 dollars, la Bulgarie reste le pays le plus pauvre de l’UE. Dans ce contexte, le passage à l’euro représente autant un pari économique qu’un test de confiance pour les institutions bulgares.

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