Le Royaume-Uni veut tourner la page de « l’expérience ratée du marché libre » en matière d’immigration
Le Royaume-Uni veut tourner la page de « l’expérience ratée du marché libre » en matière d’immigration

Le gouvernement britannique a annoncé dimanche un plan ambitieux pour durcir sa politique migratoire, avec l’objectif de réduire drastiquement le nombre de travailleurs étrangers en limitant l’accès aux visas de travail qualifié. Cette réforme marquerait, selon les mots de l’exécutif, la fin d’une « expérience ratée du marché libre » mise en place après le Brexit.

Sous la pression de la droite populiste de Reform UK, qui a réalisé une percée lors des récentes élections locales, le Premier ministre Keir Starmer s’engage à restreindre l’accès aux visas de travailleurs qualifiés aux seuls emplois nécessitant un diplôme universitaire. Pour les emplois moins qualifiés, les autorisations ne seraient accordées que dans les secteurs jugés « essentiels à la stratégie industrielle » du pays. En contrepartie, les entreprises devront renforcer leurs efforts de formation des travailleurs britanniques.

Ces mesures figureront dans un « livre blanc » sur l’immigration qui sera présenté lundi. Ce document exposera la stratégie globale du gouvernement travailliste pour reprendre la main sur les flux migratoires, alors que le solde migratoire net du pays a atteint un niveau record de 906 000 personnes sur l’année se terminant en juin 2023, contre 184 000 en 2019.

« Nous avons hérité d’un système d’immigration défaillant », a déclaré Yvette Cooper, ministre de l’Intérieur, dénonçant l’approche du précédent gouvernement conservateur qui aurait substitué la liberté de circulation par une logique de marché dérégulé. « Nous prenons des mesures décisives pour rétablir le contrôle et l’ordre dans le système d’immigration. »

Depuis la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne en 2020, le nombre d’immigrants en provenance du continent a chuté. Mais cette baisse a été largement compensée par une hausse des arrivées sous d’autres régimes spéciaux, notamment ceux destinés aux ressortissants ukrainiens et hongkongais, ainsi que par les nouvelles règles facilitant l’accès aux visas de travail dans certains secteurs.

Cette inflexion politique pourrait redéfinir profondément la relation du Royaume-Uni avec le marché du travail mondial, tout en alimentant un débat sensible dans une société toujours divisée par les enjeux migratoires.

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