La Cour suprême des États-Unis prête à redéfinir les limites entre religion et État
La Cour suprême des États-Unis prête à redéfinir les limites entre religion et État

WASHINGTON — La Cour suprême des États-Unis s’apprête à rendre plusieurs décisions qui pourraient élargir considérablement les droits religieux dans la sphère publique, au risque de bousculer l’équilibre historique entre liberté de culte et neutralité de l’État. Trois affaires emblématiques — sur les écoles à charte religieuses, l’enseignement de la diversité dans les écoles publiques, et les exonérations fiscales pour motifs religieux — illustrent cette dynamique.

Depuis plusieurs années, la Cour, dominée par une majorité conservatrice (6 contre 3), tend à renforcer l’interprétation de la clause de « libre exercice » du Premier Amendement au détriment de celle de la « clause d’établissement », qui interdit à l’État de favoriser une religion. Cette évolution pourrait bientôt franchir un cap décisif avec la possible autorisation de financer avec de l’argent public une école à charte catholique dans l’Oklahoma, une première historique dans le pays.

La Cour examine également une requête de parents chrétiens et musulmans dans le Maryland, qui souhaitent pouvoir retirer leurs enfants de cours incluant des livres présentant des personnages LGBT. Et dans le Wisconsin, une branche du diocèse catholique conteste son obligation de cotiser à l’assurance chômage au motif que ses activités, bien que sociales, sont animées par des motivations religieuses.

Ces affaires, soutenues par l’administration Trump, pourraient profondément modifier la manière dont la religion s’inscrit dans l’espace public américain. Selon le professeur Steve Schwinn, ces décisions « invitent aujourd’hui, et dans certains cas exigent, que la religion joue un rôle croissant dans les institutions publiques ». De son côté, Erwin Chemerinsky, doyen de la faculté de droit de Berkeley, note que « la clause de libre exercice est devenue une justification pour exiger un financement public des institutions religieuses, une inversion du sens historique du Premier Amendement ».

Les détracteurs de cette évolution redoutent une remise en cause de la séparation de l’Église et de l’État, tandis que ses défenseurs, comme le professeur Richard Garnett, y voient une reconnaissance du rôle légitime de la religion dans la vie publique américaine.

Les décisions attendues d’ici fin juin pourraient redéfinir la jurisprudence constitutionnelle sur les questions religieuses aux États-Unis et amorcer un tournant profond dans la place de la foi au sein des institutions publiques américaines.

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