Alors que Nicolas Sarkozy doit être incarcéré ce mardi à la prison de la Santé, l’ancien trader Jérôme Kerviel publie une tribune dans Le Nouvel Obs où il dénonce la logique punitive du système judiciaire français. Condamné lui-même à cinq mois de détention pour avoir causé 4,9 milliards d’euros de pertes à la Société Générale, Kerviel se dit incapable de se réjouir de l’enfermement de quiconque, « fût-ce de celui qui [l’a] publiquement condamné ».
« L’incarcération ne protège pas, elle détruit »
Dans sa tribune, Jérôme Kerviel rappelle que Nicolas Sarkozy l’avait publiquement désigné coupable en 2010, avant même toute décision judiciaire. Pourtant, quinze ans plus tard, il refuse tout esprit de vengeance. Selon lui, la prison « n’apporte rien à personne », car elle ne répare ni ne protège : « Elle détruit sans reconstruire, elle déshumanise ». L’ancien trader estime qu’enfermer un ancien président, qui « ne constitue pas une menace pour l’ordre public », serait un non-sens judiciaire et moral.
Enfin, il s’en prend à l’exécution provisoire, qu’il juge contraire à la présomption d’innocence : « Nul ne devrait connaître la prison tant que sa culpabilité n’est pas définitivement établie ». Appelant à repenser la réponse pénale, Kerviel plaide pour des sanctions réparatrices et des formes de justice « plus intelligentes, plus justes, plus humaines », loin d’une société qui « enferme par réflexe ».