Ce jeudi 30 octobre, le Rassemblement national tient sa journée d’initiative (niche) parlementaire à l’Assemblée nationale, l’occasion pour le parti de Marine Le Pen de mettre en avant plusieurs propositions emblématiques, mêlant souveraineté, sécurité et défense du pouvoir d’achat. Au programme : la dénonciation des accords franco-algériens de 1968, le rétablissement du délit de séjour irrégulier, la limitation des frais bancaires ou encore la gratuité des parkings dans les hôpitaux publics.
Depuis le matin, les députés du groupe RN se relaient dans l’hémicycle pour défendre leurs textes, sous l’œil attentif des autres formations politiques. « Cette niche est une vitrine de notre vision de la France : souveraine, juste et protectrice », glisse un proche de Marine Le Pen. La présidente du groupe espère transformer cette journée en démonstration de sérieux législatif, tout en affichant la cohérence de son programme à un an et demi de la présidentielle.
L’accord franco-algérien de 1968 dans le viseur
La proposition la plus commentée est sans conteste la résolution portée par Guillaume Bigot, député du Val-de-Marne, visant à dénoncer l’accord franco-algérien signé en 1968. Cet accord accorde aux ressortissants algériens des facilités de séjour et de travail en France, héritage d’une époque où le pays manquait de main-d’œuvre. Pour le RN, il est temps de tourner la page.
Le texte souligne que les Algériens représentent la première nationalité bénéficiaire de titres de séjour, alors que le taux d’exécution des obligations de quitter le territoire ne dépasse pas 4,4 %. « Cet accord crée un déséquilibre flagrant, il coûte des milliards à la France et nuit à notre souveraineté migratoire », plaide Guillaume Bigot. Si la résolution n’a pas de valeur contraignante, elle vise avant tout à forcer le débat sur un sujet explosif.
Du social au sécuritaire : une vitrine politique
Le RN ne limite pas sa niche à la question migratoire. Une proposition de loi portée par Sylvie Josserand entend rétablir le délit de séjour irrégulier, supprimé en 2012 sous François Hollande. Le texte prévoit jusqu’à 3 750 euros d’amende et trois ans d’interdiction du territoire pour les étrangers en situation illégale. Une mesure symbolique que les députés frontistes présentent comme un retour de l’autorité de l’État.
Mais le parti cherche aussi à se montrer attentif aux difficultés quotidiennes des Français. Une autre proposition, présentée par Jean-Philippe Tanguy, vise à plafonner les frais bancaires jugés abusifs. Bruno Clavet défendra un texte pour simplifier les démarches administratives des personnes handicapées, tandis que Thierry Frappé portera un projet garantissant la gratuité des parkings dans les hôpitaux publics. Enfin, Hélène Laporte plaidera pour un étiquetage obligatoire de l’origine des produits alimentaires, au nom de la souveraineté économique.
Un test politique pour le parti de Marine Le Pen
En filigrane, cette journée est un test grandeur nature pour le RN, qui veut prouver sa capacité à gouverner et à produire du droit. Si la plupart des textes n’ont aucune chance d’être adoptés, faute de majorité, la stratégie du groupe est claire : imposer ses thèmes et contraindre les autres partis à se positionner. « Ce n’est pas seulement une niche, c’est une tribune pour montrer que nous sommes prêts à diriger le pays », confie un député RN.
Le gouvernement, de son côté, reste prudent. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a déjà écarté toute remise en cause de l’accord franco-algérien, affirmant qu’il « fonctionne » malgré ses imperfections. Mais dans les rangs de la droite comme au sein de l’opinion, le sujet continue de diviser.