Fin de vie : les Français préfèrent les soins palliatifs et redoutent la pente glissante de l’aide à mourir
Fin de vie : les Français préfèrent les soins palliatifs et redoutent la pente glissante de l’aide à mourir

Alors que le Sénat doit rouvrir, à partir du 20 janvier, l’examen des textes sur les soins palliatifs et l’« aide à mourir », une enquête OpinionWay réalisée pour la Fondapol du 22 au 30 octobre 2025, tout juste publiée, bouscule l’idée d’un plébiscite. Derrière les slogans, les Français expriment surtout des doutes et une attente très claire : soigner mieux, accompagner davantage, avant de légaliser l’injection létale ou le suicide assisté. L’opinion n’est pas monolithique, et dès que l’on quitte les principes abstraits pour regarder les conséquences concrètes, le consentement se fissure.

Soins palliatifs d’abord, une priorité nationale

Selon le récent sondage, pour un proche gravement malade, 52 % des Français choisiraient une fin de vie accompagnée en soins palliatifs, contre 38 % qui opteraient pour une mort provoquée par injection, si cette possibilité était légale. La moitié des personnes interrogées estime qu’il faut d’abord garantir l’accès aux soins palliatifs sur tout le territoire avant d’envisager d’ouvrir un droit à l’euthanasie ou au suicide assisté. Ce bon sens rejoint une réalité de terrain : une vingtaine de départements français restent encore dépourvus d’unités dédiées et une part importante des patients qui devraient en bénéficier ne peuvent y accéder. Autrement dit, la France débat d’un droit à la mort quand elle n’est pas capable d’assurer, partout, un droit effectif au soulagement, à la présence et à l’accompagnement.

Les dérives redoutées : un Français sur deux craint l’extension aux mineurs et aux handicapés

L’enquête met aussi à nu l’angoisse de la pente glissante. À la question « Si cette proposition de loi était adoptée, craignez-vous que l’on assiste un jour à une extension de l’euthanasie ou du suicide assisté aux mineurs ou aux personnes en situation de handicap intellectuel comme on le voit dans d’autres pays ayant adopté une loi comparable ? », près d’un Français sur deux dit oui. Ce n’est pas un fantasme, l’expérience étrangère rappelle que les critères initiaux s’élargissent avec le temps. Aux Pays-Bas et en Belgique, la dépénalisation a été suivie, progressivement, d’extensions de périmètre et de situations, alimentant un débat permanent sur les garde-fous. Même au sein des familles politiques, l’opposition ou les réserves sont massives et transversales, y compris chez des électeurs qui ne se rangent pas spontanément dans le camp conservateur.

Autre point révélateur, 70 % des sondés anticipent de graves désaccords au sein des familles, preuve que cette « liberté » théorique peut se transformer en fracture intime, avec des pressions, des culpabilisations et, parfois, des intérêts matériels en arrière-plan.

Les Dérives Redoutées : Un Français Sur Deux Craint L’extension Aux Mineurs Et Aux Handicapés
Les Dérives Redoutées : Un Français Sur Deux Craint L’extension Aux Mineurs Et Aux Handicapés

Ce trouble collectif rend d’autant plus contestable l’empressement de certains responsables à présenter la réforme comme « attendue par les Français ». Yaël Braun-Pivet en a fait un cheval de bataille, allant jusqu’à marteler qu’elle ne supporterait pas un nouveau report et exigeant que le calendrier parlementaire ne soit pas bouleversé. Or la hiérarchie des urgences interroge : la France traverse une crise de l’hôpital, un désert médical, une chute de la natalité, une insécurité croissante, et l’on veut faire de la « mort administrée » un marqueur sociétal du quinquennat.

Le Sénat examinera les deux textes à partir du 20 janvier, avec un vote solennel prévu le 28 janvier. Le débat devra être l’occasion d’une clarification indispensable : scinder les textes est la solution la plus saine. On peut et on doit développer les soins palliatifs, sans mettre le couteau sous la gorge des parlementaires en liant cette évidence à l’adoption d’une aide à mourir dont les Français, précisément, découvrent la radicalité.

La dignité n’est pas de supprimer le malade, elle est de refuser l’abandon. Avant de déplacer l’interdit de tuer, la République ferait mieux de réparer l’injustice la plus scandaleuse du moment, l’inégalité d’accès aux soins palliatifs. Dans une société qui se prétend fraternelle, la réponse à la vulnérabilité ne peut pas être une procédure létale, mais une présence humaine, des soignants formés, des lits, du temps et une médecine qui tient la main. Le reste, tôt ou tard, finit toujours par s’étendre.

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