KUALA LUMPUR — Les pays d’Asie du Sud-Est souhaitent rencontrer le président américain Donald Trump en tant que bloc unifié pour discuter de l’impact croissant des tarifs douaniers sur leurs économies, a déclaré lundi le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim à l’ouverture du sommet annuel de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).
Anwar, dont le pays assure la présidence tournante de l’organisation, a affirmé avoir sollicité une rencontre conjointe entre les dirigeants de l’ASEAN et le président Trump, espérant qu’elle puisse se tenir d’ici la fin de l’année. « La paix, la stabilité et la prospérité de l’ASEAN ont toujours reposé sur un ordre international ouvert, inclusif et fondé sur des règles. Or, ces fondations sont aujourd’hui démantelées par des mesures arbitraires », a-t-il déclaré.
Le bloc de dix membres — qui comprend Singapour, l’Indonésie, la Thaïlande, le Vietnam, la Malaisie, les Philippines, ainsi que le Cambodge, le Laos, le Myanmar et Brunei — a jusqu’à présent évité toute riposte tarifaire directe. Il a cependant mis en place un groupe de travail chargé de coordonner la réponse régionale aux tarifs américains, en parallèle des négociations bilatérales menées par certains pays.
Depuis le début de l’année, les États-Unis ont imposé des droits de douane allant de 10 % pour Singapour à 49 % pour le Cambodge. Bien que Trump ait suspendu temporairement certains tarifs pour 90 jours, et conclu un accord similaire avec la Chine, la pression reste forte sur les économies dépendantes des exportations vers les États-Unis.
Anwar a également annoncé qu’un sommet trilatéral inédit entre l’ASEAN, la Chine et le Conseil de coopération du Golfe (CCG) se tiendra mardi, dans l’espoir de stimuler de nouvelles formes de coopération et de renforcer la résilience économique du bloc. Ce sommet intervient alors que la Chine, principal partenaire commercial de l’ASEAN, cherche à consolider son influence dans la région, malgré des tensions persistantes dans la mer de Chine méridionale.
À ce sujet, le président philippin Ferdinand Marcos Jr. a insisté pour que le code de conduite en négociation avec Pékin devienne juridiquement contraignant, afin de prévenir les incidents en mer et de garantir les droits maritimes des États membres. « Il est urgent d’accélérer l’adoption d’un code contraignant pour assurer la stabilité en mer », a-t-il martelé.
Concernant la guerre civile en Birmanie, qui dure depuis quatre ans, Anwar a souligné de modestes avancées grâce à une initiative menée par l’ancien Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra. Après une rencontre avec le général Min Aung Hlaing et des échanges virtuels avec le gouvernement d’unité nationale d’opposition, Kuala Lumpur espère faire progresser un processus de paix.
Mais les critiques abondent : selon les ONG, la junte continue ses frappes aériennes malgré un cessez-le-feu proclamé, et restreint l’accès humanitaire, notamment après le séisme meurtrier de mars dernier. Les combats ont déjà fait des milliers de morts et provoqué des déplacements massifs vers les pays voisins, accentuant les tensions régionales et les risques de criminalité transfrontalière.
« L’engagement discret est crucial », a affirmé Anwar. « Même un pont fragile vaut mieux qu’un gouffre qui s’élargit. »
Pour les analystes, l’ASEAN reste toutefois impuissante face à la situation. « Le terrain est trop instable. Il est encore trop tôt pour parler de médiation politique », a estimé Thomas Daniel, chercheur à l’Institut d’études stratégiques et internationales de Malaisie.