« Il faudrait presque fermer le Louvre » : Rachida Dati alerte sur l’ampleur des travaux à venir(Image : Laurent Vu -SIPA_Ministère de la Culture)
« Il faudrait presque fermer le Louvre » : Rachida Dati alerte sur l’ampleur des travaux à venir(Image : Laurent Vu -SIPA_Ministère de la Culture)

Elle avait juré d’y aller « quoi qu’il arrive ». Ce mercredi 27 août, Rachida Dati a finalement renoncé à défier Michel Barnier lors de la législative partielle organisée dans la 2ᵉ circonscription de Paris. Officiellement, il s’agit d’un geste d’unité pour éviter la division de la droite. Officieusement, selon les informations exclusives d’Entrevue, cette séquence n’était rien d’autre qu’une pièce soigneusement mise en scène par la ministre de la Culture elle-même. Objectif : purger ses ennemis internes, verrouiller Paris et s’imposer comme la candidate naturelle de la droite et du centre à la mairie en 2026.

Tout a commencé avec la décision du Conseil constitutionnel, en juillet, qui a invalidé le mandat de Jean Laussucq, proche de Rachida Dati, élu depuis plusieurs années dans septième arrondissement de Paris (dont la ministre est la maire depuis 2008), il est élu député en juin 2024 après la dissolution. Dati avait imposé sa candidature à l’époque, écartant Gilles Le Gendre, figure macroniste historique et ancien président du groupe LREM à l’Assemblée. Le Conseil constitutionnel a ensuite frappé fort : invalidation du scrutin et inéligibilité de Laussucq, plongeant la circonscription dans une nouvelle campagne.

À ce moment-là, Dati ne songe pas à se présenter elle-même. Sa priorité est ailleurs : Paris, l’Hôtel de Ville, 2026. Elle espère remplacer Laussucq par un autre fidèle. Mais l’annonce de la candidature de Michel Barnier, investi par Les Républicains, change la donne. L’ancien Premier ministre (éphémère chef du gouvernement entre septembre et décembre 2024) veut revenir dans le jeu. Face à lui, Dati voit l’occasion de mettre en place un scénario qui lui servira à long terme.

Un plan taillé pour la mairie de Paris

Car l’horizon de Dati n’est ni l’Assemblée ni au Ministère de la Culture, mais bel et bien la mairie de Paris. Depuis des années, elle rêve de succéder à la socialiste Anne Hidalgo et de conquérir l’Hôtel de Ville. La réforme de la loi PLM, adoptée début 2025 et instaurant l’élection directe du maire de Paris, est une chance inespérée. Une loi qu’elle a elle-même ardemment défendue auprès d’Emmanuel Macron et de ses proches. Désormais, le pouvoir parisien peut s’arracher au suffrage universel direct. Et Dati compte bien être celle qui incarnera l’alternative.

Dans ce contexte, sa candidature contre Barnier n’a été qu’un instrument. Elle savait qu’en se lançant officiellement dans la bataille, elle forcerait tout le monde à négocier. Sa candidature dissidente devenait une arme : soit elle allait au bout et risquait de battre Barnier, soit elle retirait sa candidature et s’imposait comme la candidate de l’unité pour 2026. Dans les deux cas, elle gagnait.

Les coups de fil secrets et la purge interne

Dès l’été, les tractations ont commencé. Selon nos informations, Dati a personnellement appelé Agnès Evren, présidente de la fédération LR de Paris et sénatrice, pour lui demander de « faire le ménage » dans les instances locales. Objectif : éliminer ceux qui lui étaient hostiles, souvent placés là par Dati à une époque où ses relations avec LR étaient plus tendues. Cette purge vise à reconstituer une fédération parisienne sur mesure, composée uniquement de fidèles prêts à porter sa candidature municipale.

Parallèlement, elle a obtenu un soutien précieux : celui de Michel Barnier lui-même. L’ancien Premier ministre, qui la connaît de longue date, ils ont mené ensemble en 2009 une liste UMP aux européennes en Île-de-France, a multiplié les gestes d’apaisement. Dans la presse, il l’a décrite comme un « atout » pour Paris et a répété que sa place était au ministère de la Culture puis à la mairie, pas aux législatives. Barnier y gagnait une circonscription taillée pour lui, Dati y gagnait une reconnaissance publique et une stature renforcée.

Ce plan n’aurait pas tenu sans le soutien des hautes sphères. À l’Élysée, Emmanuel Macron, qui a beaucoup rapproché Dati de lui depuis son entrée au gouvernement, a vu d’un bon œil cette stratégie. Mais l’appui le plus précieux vient sans doute de la première dame Brigitte Macron, très proche de la ministre depuis longtemps, et qui la pousse régulièrement vers l’Hôtel de Ville. « Emmanuel Macron l’appuie, mais c’est surtout Brigitte qui joue un rôle clé : elle pousse Dati vers l’Hôtel de Ville depuis des mois. », confie même à Entrevue, un proche de la ministre de la culture.

Du côté des Républicains, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur et désormais président du parti, a fini par céder. Lui qui redoutait une guerre ouverte à Paris a préféré s’assurer de la paix interne en acceptant les conditions de Dati : elle retire sa candidature, mais obtient la liberté de composer sa liste aux municipales. En façade, c’est Barnier qui triomphe ; en coulisses, c’est Dati qui gagne. Mais tout n’est pas encore totalement lissé dans son camp. Une dissidence existe déjà : Francis Szpiner, sénateur LR de Paris et ancien maire du 16ᵉ arrondissement, a officialisé sa candidature il y a quelques semaines. Hostile de longue date à Dati, il espère incarner une alternative interne. Mais son offensive devrait tourner court. Toujours selon d’Entrevue, la Commission nationale d’investiture des Républicains s’apprête, dans les prochains jours, à désigner officiellement Rachida Dati comme candidate du parti à la mairie de Paris.

La femme de raison… mais une stratège implacable

En se retirant, Dati se présente comme la femme de raison, garante de l’unité, alors qu’elle vient d’imposer à son camp une purge et une discipline de fer. Elle se pose en candidate du rassemblement, incontournable pour 2026. Les macronistes, du MoDem aux proches d’Édouard Philippe, se retrouvent piégés : ils n’ont plus d’autre choix que de la soutenir, faute d’alternative crédible. Les Républicains, eux, sont neutralisés. Même Barnier, en reprenant un siège de député (sauf surprise, il sera élu député dans cette circonscription très favorable à la droite et aux macronistes), contribue malgré lui à la renforcer.

Rachida Dati a donc transformé une confrontation risquée en victoire politique totale. Elle a même réussi à apparaître comme celle qui fait passer l’unité avant ses ambitions personnelles, alors que tout son plan visait à verrouiller sa marche vers l’Hôtel de Ville.

Reste une ombre au tableau : son avenir judiciaire. Renvoyée en correctionnelle pour corruption passive et trafic d’influence, Rachida Dati affrontera un procès en 2026. Ses adversaires, à commencer par les socialistes, s’en frottent déjà les mains. Mais la ministre le sait : si d’ici là elle conquiert la mairie de Paris, elle aura réalisé son rêve le plus ancien et acquis une légitimité politique qui pourrait bien peser lourd face aux juges.

Pour l’heure, le coup est réussi. En une séquence parfaitement scénarisée, Rachida Dati a obtenu le soutien d’Emmanuel et Brigitte Macron, de Bruno Retailleau, de Michel Barnier et de toute la droite parisienne. Elle a éliminé ses ennemis internes, verrouillé son parti, et s’est posée en candidate naturelle pour Paris. Officiellement, elle s’est retirée d’une élection. En réalité, elle a avancé de plusieurs cases dans la partie d’échecs politique qui la mène vers l’Hôtel de Ville.

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