La fragile coalition au pouvoir en Afrique du Sud montre de nouveaux signes de tension. Samedi, le chef de l’Alliance démocratique (DA), John Steenhuisen, a annoncé le retrait de son parti du dialogue national, après que le président Cyril Ramaphosa a limogé l’un de ses vice-ministres, Andrew Whitfield. Si la DA reste pour l’instant dans le gouvernement, elle affirme perdre confiance dans la capacité du chef de l’État à diriger le gouvernement d’unité nationale.
Le dialogue national avait été lancé par Ramaphosa dans le sillage des élections législatives de 2024, au cours desquelles l’African National Congress (ANC) a perdu, pour la première fois depuis la fin de l’apartheid, sa majorité au Parlement. Contraint de former une coalition, l’ANC s’est allié à la DA, principale force d’opposition, dans une tentative de maintenir la stabilité institutionnelle. Mais les tensions entre les deux partis, idéologiquement éloignés, se sont rapidement multipliées.
La décision de Ramaphosa de limoger Andrew Whitfield, vice-ministre du Commerce issu de la DA, a mis le feu aux poudres. Ce dernier aurait effectué un déplacement non autorisé aux États-Unis, une justification jugée insuffisante par la direction de la DA. « Nous sommes en train de perdre confiance dans sa capacité à agir en tant que leader, non pas de l’ANC, mais du Gouvernement d’unité nationale », a déclaré Steenhuisen lors d’un point presse.
Le comité exécutif fédéral de la DA a envisagé de déposer une motion de censure contre Ramaphosa, avant de renoncer à cette option. Mais le retrait du dialogue national marque une escalade symbolique majeure. Le processus, censé encourager la réconciliation, les réformes et le consensus sur les grandes orientations politiques du pays, risque de perdre tout son élan sans la participation du principal partenaire de coalition.
La DA accuse depuis plusieurs mois l’ANC de gouverner sans concertation réelle, de marginaliser ses partenaires au sein du gouvernement, et d’agir dans son seul intérêt partisan. Ce nouvel épisode vient conforter l’idée que la coalition sud-africaine, bien que présentée comme un effort de gouvernance inclusive, repose sur des bases précaires.
Le président Ramaphosa, de son côté, a déclaré que la DA restait libre de nommer un remplaçant à Whitfield. Il n’a pas commenté directement le retrait du dialogue national, mais ses proches laissent entendre qu’il n’y aurait « aucun retour en arrière sur la discipline gouvernementale ».
Cette crise survient à un moment crucial pour l’Afrique du Sud, confrontée à des défis économiques persistants, à des tensions sociales vives et à une population de plus en plus sceptique à l’égard de la classe politique. Si la coalition devait se désintégrer, le pays pourrait être plongé dans une nouvelle période d’incertitude politique.