Emmanuel Macron a annoncé que la France votera contre la signature de l’accord de libre‑échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Malgré des avancées obtenues auprès de la Commission européenne, il juge que le texte n’est pas adapté pour protéger pleinement l’agriculture et la souveraineté alimentaire française et européenne.
Sur X, le président de la République a publié un long message pour expliquer cette décision :
« La France a décidé de voter contre la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. La France est favorable au commerce international, mais l’accord UE‑Mercosur est un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes (mandat de 1999).
Si la diversification commerciale est nécessaire, le gain économique de l’accord UE‑Mercosur sera limité pour la croissance française et européenne (+0,05 % sur le PIB de l’UE à l’horizon 2040 selon la Commission).
Il ne justifie pas d’exposer des filières agricoles sensibles et essentielles à notre souveraineté alimentaire.
Depuis l’annonce de la fin de la négociation en décembre 2024, je n’ai cessé de me mobiliser pour un accord plus juste afin de protéger nos agriculteurs. Nous avons, sur cette base, obtenu des avancées concrètes dont il faut donner acte à la Commission européenne.
Nous avions formulé 3 demandes, qui ont évolué dans le bon sens :
1. Clause de sauvegarde spécifique, un « frein d’urgence » sur les importations agricoles des pays du Mercosur en cas de déstabilisations de marché en Europe, activable en cas de variation de seulement 5% des prix et des volumes des produits agricoles importés, à la demande d’un seul État membre ou de représentants de filières. Des mesures de sauvegarde, y compris de suspension des importations, pourront être imposées très rapidement.
2. Mesures de réciprocité sur les conditions de production (mesures miroir). Nos producteurs respectent les normes les plus ambitieuses au monde en matière de santé, d’environnement et de bien‑être animal. Les produits importés doivent être soumis aux mêmes conditions, notamment en matière de pesticides, d’alimentation animale ou d’usage d’antibiotiques, pour ne pas concurrencer déloyalement nos agriculteurs. La Commission a annoncé qu’elle mettra en œuvre cette réciprocité pour plusieurs des substances pesticides que nous avons interdites. Cet effort devra être poursuivi.
3. Renforcement des contrôles sanitaires. Nous avons obtenu un renforcement des audits vétérinaires et phytosanitaires dans les pays tiers, afin de garantir le respect des règles. La mise en place d’une task force à la Commission européenne préfigure la force européenne de contrôle sanitaire que la France demande de longue date.
Plusieurs de ces progrès doivent encore être finalisés, la France y veillera.
Nous avons par ailleurs obtenu des engagements majeurs de la Commission européenne, confirmés lors de la réunion sur l’agriculture le 7 janvier à Bruxelles :
Sur le montant des aides directes de la PAC dans le prochain budget pluriannuel de l’Union européenne, un complément de 45 milliards d’euros sera accessible dès 2028, au‑delà des près de 294 milliards sanctuarisés pour les aides directes au revenu agricole.
Sur les engrais, il n’y aura pas de hausse de prix liée à la taxe carbone aux frontières de l’Union.
Malgré ces avancées incontestables, le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord, comme l’ont montré les débats à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Dans ce contexte, la France votera contre la signature de l’accord.
L’étape de la signature ne constitue pas la fin de l’histoire. Je continuerai de me battre pour la pleine mise en œuvre des engagements obtenus et pour protéger nos agriculteurs.
Au niveau européen, la priorité demeure aujourd’hui d’accélérer notre agenda de protection, de compétitivité et d’investissement. »*
L’accord peut être signé sans la France
À noter que l’accord UE‑Mercosur pourrait être signé le 12 janvier 2026 par la Commission européenne même sans l’accord français, mais il doit encore être ratifié par tous les États membres et le Parlement européen avant d’entrer en vigueur. La position de la France risque toujours d’influencer le débat, notamment autour des mesures de protection et de normes.