Dette cachée au Sénégal : le FMI confirme les manipulations de l’ère Macky Sall
Dette cachée au Sénégal : le FMI confirme les manipulations de l’ère Macky Sall

L’affaire secoue le pays depuis des mois. Et cette fois, l’alerte ne vient plus des nouvelles autorités sénégalaises, mais du Fonds Monétaire International lui-même. En visite à Dakar, la délégation du FMI a levé tout doute : une partie de la dette du Sénégal a bien été volontairement dissimulée sous l’ancien régime, à hauteur de 7 milliards de dollars. Un constat explosif, qui valide les accusations de la Cour des comptes et fragilise les dénégations de l’ancien président Macky Sall.

Une dette plus lourde qu’annoncée, un FMI méfiant

Selon Edward Gemayel, chef de mission du FMI, la dette réelle avoisinerait aujourd’hui les 100 % du PIB – loin des 74 % affichés par l’administration précédente. Pire encore, le déficit budgétaire pour 2023, annoncé à 4,9 %, aurait en réalité dépassé les 12 %. De quoi provoquer la colère des partenaires internationaux : Moody’s et Standard & Poor’s ont tous deux abaissé la note du pays, tandis que le FMI a gelé son programme d’aide de 1,8 milliard de dollars dès octobre 2024. Le scandale éclate en pleine transition politique, six mois après la victoire électorale de Bassirou Diomaye Faye. « Nous avons hérité d’un État en ruine », avait martelé son Premier ministre Ousmane Sonko, accusant l’ancien pouvoir d’avoir « tripatouillé les chiffres ». Macky Sall avait dénoncé une « machination politique », mais les déclarations du FMI viennent désormais affaiblir cette ligne de défense.

Nouveau programme en vue, mais sous conditions strictes

Pour le nouveau président, l’enjeu est double : rétablir la confiance des bailleurs et respecter ses engagements sociaux. Il lui faudra un nouveau programme d’aide du FMI pour financer ses réformes – notamment la baisse du coût de la vie et le soutien au secteur agricole. À cet effet, Dakar a déjà annoncé une hausse de 20 % des subventions aux intrants agricoles, dans l’espoir de redresser une économie en partie dépendante des hydrocarbures. Mais l’institution financière est ferme : pas de nouveau prêt sans contreparties. Le FMI exige une réduction des subventions énergétiques, jugées trop coûteuses et inéquitables, et attend des réformes structurelles pour assainir le climat des affaires. Un rapport sera remis au conseil d’administration dans les semaines à venir. Deux scénarios sont désormais sur la table : accorder une dérogation au Sénégal ou réclamer le remboursement immédiat des fonds déjà versés – soit 770 millions de dollars. Bassirou Diomaye Faye, élu sur une promesse de rupture, joue désormais sa crédibilité. S’il veut garder le cap et poursuivre ses réformes, il lui faudra à la fois rassurer les bailleurs et convaincre les Sénégalais que la transparence peut redevenir la norme.

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