Malgré son incarcération à La Haye dans l’attente d’un procès pour crimes liés à sa guerre controversée contre la drogue, l’ancien président philippin Rodrigo Duterte figure sur les bulletins de vote pour les élections locales de lundi prochain. Candidat à la mairie de Davao City, fief historique de sa dynastie, Duterte reste une figure profondément populaire dans le sud du pays, bien que son influence nationale soit aujourd’hui incertaine.
Âgé de 79 ans, Duterte a été arrêté en mars à la suite d’un mandat délivré par la Cour pénale internationale (CPI), qui l’accuse d’avoir orchestré une campagne de répression ayant coûté la vie à plusieurs milliers de personnes entre 2016 et 2022. Des groupes de défense des droits humains estiment que les victimes dépassent largement les 6 000 cas officiellement recensés par la police.
Alors qu’il attend son procès dans une cellule spartiate aux Pays-Bas, ses partisans à Davao City ne fléchissent pas. « Quoi qu’il arrive, nous restons aux côtés de Duterte », a affirmé Jennifer Maumbas, employée dans un café arborant un portrait de l’ancien président. À Davao, où il a été maire pendant plus de vingt ans, le nom Duterte reste auréolé d’un prestige quasi mythique, même si l’aura du clan a décliné à l’échelle nationale.
La candidature de Rodrigo Duterte, bien que largement symbolique – car en cas de victoire il ne pourrait assumer ses fonctions –, pourrait néanmoins servir de tremplin pour relancer les ambitions de sa fille, Sara Duterte, vice-présidente en poste et potentielle prétendante à l’élection présidentielle de 2028. Elle-même fait actuellement face à une procédure de destitution après des accusations graves, notamment une menace de mort présumée contre le président Ferdinand Marcos Jr, son ancien allié.
L’élection municipale à Davao pourrait ainsi jouer un rôle stratégique dans la recomposition des forces politiques philippines. Jean Franco, politologue à l’Université des Philippines, estime que « Duterte continuerait alors à disposer du pouvoir nécessaire pour lancer ses attaques contre l’administration Marcos ». Même empêché, l’ancien président pourrait agir par l’intermédiaire du probable futur vice-maire, son fils cadet Sebastian Duterte.
L’enjeu dépasse donc largement la mairie. Plus de 18 000 postes électifs seront renouvelés lundi, dont 317 sièges au Congrès et 12 au Sénat, chambre haute qui joue un rôle clé dans les procédures de destitution. Les candidats proches de Marcos dominent actuellement les sondages, mais le camp Duterte bénéficie d’un regain de sympathie depuis l’arrestation du patriarche.
À Davao, les signes de fidélité sont visibles. Certains habitants portent des t-shirts à l’effigie de Duterte ou ont parcouru des centaines de kilomètres pour assister à son 80e anniversaire. Pour ses partisans, son retour politique, même depuis une cellule, est synonyme d’ordre, de fermeté et de sécurité. « Nous croyons qu’il a encore beaucoup à offrir », résume Dennis Archie Jabutay.
Mais cette ferveur n’est pas unanime. « Nous avons besoin de changement », affirme Arlene Noyney, 50 ans, qui penche pour Karlo Nograles, principal rival de Duterte, issu d’une autre puissante dynastie locale. À la veille des élections, Davao semble tiraillée entre fidélité historique et désir de renouveau — un microcosme des tensions nationales qui se dessinent déjà en vue de 2028.