Alors que l’Assemblée nationale s’apprête à examiner le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025, la ministre du Travail et de la Santé, Catherine Vautrin, tente d’éteindre l’incendie. Dans un entretien accordé au Parisien, elle affirme que le déficit de la Sécurité sociale « s’élèvera à moins de 23 milliards d’euros », loin des 30 milliards qui seraient atteints en l’absence de budget voté. Après la chute du gouvernement de Michel Barnier sur ce même texte, la majorité joue gros, avec le 49.3 qui sera engagé par le Premier ministre ce lundi.
Pour convaincre, la ministre met en avant plusieurs ajustements destinés à obtenir le soutien de la gauche. Un milliard d’euros supplémentaires seront alloués aux hôpitaux, et la suppression des tickets modérateurs sur les consultations médicales, une mesure réclamée par les socialistes, représente un effort de 400 millions d’euros. Sur le front des Ehpad, le fonds d’urgence, instauré à l’initiative du Sénat, sera triplé, passant de 100 à 300 millions d’euros.
Mais pour limiter le déficit, le gouvernement ne compte pas uniquement sur ces dépenses ciblées. Catherine Vautrin annonce une hausse de la contribution des complémentaires santé et des mutuelles, qui devrait rapporter un milliard d’euros. Par ailleurs, plusieurs « niches sociales inefficientes » seront supprimées et des concertations avec l’industrie pharmaceutique sont en cours pour limiter la hausse des dépenses de l’Assurance maladie.
Sur la question des retraites, la ministre adopte une position plus audacieuse en ouvrant la porte à une réforme intégrant la capitalisation. « Il faut que l’on arrête de se faire des films : la capitalisation existe déjà », affirme-t-elle, citant les contrats Préfon des fonctionnaires et d’autres dispositifs d’épargne retraite privés. Un sujet explosif, qui pourrait fracturer la majorité.
Désormais, la question du 49.3 ne se pose plus : le chef du gouvernement François Bayrou a annoncé samedi soir qu’il engagerait la responsabilité du gouvernement pour faire adopter les budgets de l’État et de la Sécurité sociale. « Un pays comme le nôtre ne peut pas rester sans budget. Le seul moyen, c’est d’engager la responsabilité du gouvernement. Ce sera fait ce lundi », a-t-il déclaré dans une interview à La Tribune Dimanche. Ce passage en force s’accompagne d’un risque de censure, alors que La France insoumise a déjà annoncé le dépôt de motions, que les communistes et les écologistes devraient soutenir. Le Rassemblement national et le Parti socialiste restent, eux, silencieux sur leur intention de vote. Mais l’exécutif espère que « dans dix jours », la France aura enfin des budgets votés. Un pari risqué pour le gouvernement, dont la marge de manœuvre politique s’amenuise de jour en jour.