Alors que le nokidisme s’étend dans la société, que la France comme l’Europe traversent un hiver démographique sans précédent, le Sénat vient d’approuver la création d’un nouveau « congé de naissance » de deux mois supplémentaires par parent, applicable au 1er janvier 2027. Une mesure présentée comme un levier pour relancer la natalité, mais qui ressemble surtout à un ajustement technique, bien loin du « réarmement démographique » d’envergure promis au pays.
Deux mois supplémentaires… et après ?
Le nouveau congé de naissance viendra s’ajouter aux congés maternité et paternité existants, permettant à chaque parent de prendre deux mois supplémentaires, simultanément ou non. L’indemnisation, encore à préciser par décret, se situerait entre 70 % et 60 % du salaire net. Le gouvernement vante une mesure « souple » et « moderne », capable d’encourager une meilleure répartition des tâches. Mais la réalité est moins enthousiasmante : ce congé reste court, faiblement indemnisé et ne répond ni à la pénurie de places en crèche, ni aux difficultés financières qui freinent aujourd’hui les familles.
Car derrière l’annonce, rien n’a été réglé. Le congé parental, longtemps menacé de suppression, a été maintenu faute d’alternative sérieuse. Mais il reste mal indemnisé, contraignant et difficilement compatible avec de nombreux métiers. Les associations familiales, pourtant favorables à ce congé de naissance, déplorent un effort « à minima », loin des besoins réels des familles.
Le « réarmement démographique » de Macron : un slogan sans politique
Depuis deux ans, Emmanuel Macron promet un sursaut démographique. Mais sur le terrain, rien n’a changé : les crèches manquent, les assistantes maternelles disparaissent faute de moyens, les coûts explosent et l’État ne compense rien. La politique familiale française, autrefois enviée, s’est effondrée. Et ce nouveau congé, présenté comme une grande avancée, n’est qu’un emplâtre de plus sur une blessure profonde.
Alors la France va-t-elle assez loin pour assurer le renouvellement de ses générations ? La réponse est non. Partout où la natalité est remontée, les gouvernements ont cessé de saupoudrer des aides, passant du soutien minimaliste à une politique nataliste assumée. En Hongrie par exemple, cela signifie exonération d’impôt à vie pour les mères de trois enfants, prêts annulés à la naissance, aides renforcées au logement. Un niveau d’ambition dont la France est très loin.
Parmi les pistes, certains suggèrent d’explorer une voie souvent mise de côté : accorder une véritable reconnaissance économique au parent au foyer. Des économistes américains ont estimé qu’un parent au foyer effectue un travail équivalent à 45 600 euros par an. Le Rassemblement national avait autrefois proposé une valorisation financière de ce rôle, avant de finalement retirer cette mesure de leur programme. La gauche, elle, balaie encore cette idée d’un revers de main : en 1994, le PS affirmait que « la notion de salaire familial n’est pas acceptable » et qu’« être mère n’est pas un métier ». Pourtant, la désintégration de la natalité prouve aujourd’hui qu’aucune politique de soutien timide ne suffira.
Pour survivre, la France arrive à l’heure des choix. Continuer à empiler les demi-mesures ou assumer, comme d’autres nations européennes, une véritable politique nataliste, claire et ambitieuse. Car sur un enjeu aussi vital, deux mois de congé supplémentaire ne changeront rien : un pays qui ne fait plus assez d’enfants pour assurer sa propre continuité ne pourra pas se contenter de rustines sociales. Il lui faudra un sursaut, un vrai, pour enrayer son déclin et préparer l’avenir.