C’est une onde de choc politique et judiciaire. Ce lundi 31 mars, le tribunal correctionnel de Paris a reconnu Marine Le Pen et huit anciens eurodéputés du Rassemblement national coupables de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens. La cheffe de file du RN a été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme aménagés sous bracelet électronique, et à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, ce qui compromet directement sa candidature à la présidentielle de 2027.
L’affaire, enclenchée en 2014 à la suite d’un signalement du Parlement européen, portait sur un vaste système de rémunération d’assistants parlementaires qui, selon la justice, travaillaient en réalité pour le parti plutôt qu’à Bruxelles. Le préjudice estimé par les juges s’élève à 2,9 millions d’euros. Une atteinte « grave et durable aux règles du jeu démocratique », a souligné le tribunal.
Des peines lourdes, un symbole politique fracassé
La sanction infligée à Marine Le Pen est la plus sévère : deux ans de prison ferme sous bracelet, et surtout, une inéligibilité immédiate de cinq ans. Le tribunal a pointé son « rôle central » dans l’organisation de ce système frauduleux. Louis Aliot, maire de Perpignan, écope de 18 mois de prison dont six ferme, également sous bracelet, et de trois ans d’inéligibilité. Bruno Gollnisch est condamné à un an de prison ferme, cinq ans d’inéligibilité, et 50 000 euros d’amende.
Autre figure politique touchée : Nicolas Bay, désormais rallié à Éric Zemmour, reçoit dix mois ferme et trois ans d’inéligibilité. Julien Odoul, député de l’Yonne, s’en sort avec huit mois avec sursis et un an d’inéligibilité sans exécution immédiate. Même Yann Le Pen, sœur de Marine, est condamnée à un an de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité avec sursis.
Un procès au parfum de purge judiciaire
L’ensemble des 24 prévenus — ex-députés et assistants — ont été reconnus coupables, tout comme le parti, qui devra s’acquitter d’une amende de 4,3 millions d’euros, dont deux millions ferme. Marine Le Pen, qui a quitté la salle avant même l’annonce des peines, avait toujours dénoncé un « procès politique » et rejeté en bloc l’idée d’un système frauduleux. La justice, elle, a vu dans cette organisation un détournement méthodique et volontaire de fonds publics au profit du parti.
Le jugement frappe non seulement les personnes, mais affaiblit tout un mouvement à la veille de grandes échéances électorales. Certains cadres, comme Éric Ciotti, ont d’ores et déjà dénoncé une justice à géométrie variable. « La France est-elle encore une démocratie ? », a-t-il réagi. Si les avocats de la défense ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel, la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen est assortie de l’exécution immédiate. En clair, sauf décision rapide de la cour d’appel, elle ne pourra pas concourir en 2027. Ce procès marque peut-être la fin de son parcours présidentiel.
Un chapitre judiciaire est clos, mais un séisme politique s’ouvre. Le RN, qui caracolait en tête des sondages pour 2027, se retrouve décapité. Une recomposition à droite s’impose dans l’urgence.