Aude : des aides agricoles à 15 millions d’euros… mais pour qui ?
Aude : des aides agricoles à 15 millions d’euros… mais pour qui ?

Ils sont viticulteurs, éleveurs, apiculteurs. Tous frappés de plein fouet par les aléas climatiques de 2024. Tous n’en verront pourtant pas la couleur. Si la Région Occitanie a débloqué en urgence 15 millions d’euros issus des reliquats du FEADER, les critères d’éligibilité laissent sur le carreau une partie du monde agricole. Témoignages amers dans l’Aude. Alain Gleyzes, président de l’AOC Fitou, ne cache pas son amertume. Il remplira les cases, recevra les 5 000 € promis aux exploitants individuels. Et pourtant : « Hélas, je vais en profiter. » Car cela signifie qu’il a perdu près de la moitié de sa production. 47 % exactement. Le chèque alloué par la Région, une bouée dérisoire jetée dans un océan de pertes, n’effacera pas le déficit.

Règlement contre réalité

Comme lui, les agriculteurs d’Occitanie peuvent déposer leur dossier jusqu’au 7 mai. Mais tout le monde ne coche pas les bonnes cases. Les critères sont rigides : perte de production supérieure à 30 %, seuils de surface minimale, reconnaissance officielle des foyers de maladie… À Cazalrenoux, la ferme du Pouzet n’a pas eu cette chance. Frappée par la fièvre catarrhale ovine, elle a perdu 22 brebis. Le réflexe ? En racheter, pour sauver ce qui peut l’être. Résultat : l’indicateur principal, le taux de naissance, n’affiche pas les -30 % requis. Ironie de l’histoire : trop de réactivité… pour être indemnisé. Même désillusion à Ventenac-Cabardès. Chez les apiculteurs Emmanuelle et Laurent Drouin, la sécheresse a fait fondre la moitié du chiffre d’affaires.

Une enveloppe, des oubliés

 Sur le papier, le GAEC pourrait toucher 7 500 €. Mais le couple ne déposera pas de dossier. Trop d’efforts pour si peu de résultats. « Nous avons été éconduits plusieurs fois. Aujourd’hui, nous préférons consacrer notre énergie à nos ruches. » Cette aide exceptionnelle révèle l’absurdité d’un système administratif plus prompt à exiger des justificatifs qu’à reconnaître l’évidence. À l’heure où les agriculteurs réclament plus de reconnaissance, certains reçoivent un virement symbolique, d’autres une fin de non-recevoir. À croire qu’en 2024, il faut choisir : survivre ou se faire indemniser.

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