Le président camerounais Paul Biya, âgé de 92 ans, a annoncé dimanche sa candidature pour un huitième mandat à la tête de son pays, confirmant son intention de prolonger encore un règne déjà long de plus de quatre décennies. Cette décision relance le débat national sur l’avenir politique du Cameroun et suscite de vives réactions, aussi bien dans les cercles politiques que parmi la population.
« Je suis candidat à l’élection présidentielle de 2025 », a déclaré Paul Biya dans un bref communiqué diffusé par la présidence, ajoutant qu’il souhaitait « continuer à servir le peuple camerounais dans la paix et la stabilité ». En poste depuis 1982, Biya est aujourd’hui le doyen des chefs d’État en exercice dans le monde. Son annonce survient après plusieurs mois de spéculations alimentées par ses absences prolongées de la scène publique et des rumeurs persistantes sur l’état de sa santé.
L’opposition et une partie de la société civile ont vivement critiqué cette décision, dénonçant un régime qui, selon eux, s’éternise au détriment de la démocratie et du développement. « Depuis 42 ans, le Cameroun est figé, et sa jeunesse sans perspectives », a réagi un responsable de l’opposition sous couvert d’anonymat. Pour nombre de ses détracteurs, Paul Biya incarne une gouvernance autoritaire, marquée par la répression, la corruption et l’immobilisme.
Les partisans du président, eux, saluent son expérience et son rôle de garant de la stabilité dans un pays confronté à de multiples crises : insurrection séparatiste dans les régions anglophones, menaces djihadistes dans l’Extrême-Nord, tensions économiques. Le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a immédiatement exprimé son soutien total à cette nouvelle candidature.
Mais cette annonce ravive aussi les inquiétudes concernant la transparence du prochain scrutin. Les précédentes élections ont été entachées d’allégations de fraude et de violences, et la Commission électorale indépendante est régulièrement accusée de partialité. Dans un contexte de défiance généralisée à l’égard des institutions, l’organisation d’un scrutin libre et crédible apparaît comme un défi majeur.
À mesure que la campagne s’ouvre, les regards se tournent vers la scène internationale, souvent silencieuse sur le cas camerounais. Si certains observateurs appellent à une transition politique apaisée, d’autres redoutent que le pays s’enlise dans une crise politique prolongée.
Avec cette candidature, Paul Biya s’inscrit dans la lignée de dirigeants africains ayant accumulé plusieurs décennies au pouvoir. Mais dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 30 ans, la perspective d’un nouveau mandat présidentiel soulève des interrogations profondes sur le renouvellement politique, l’avenir des institutions et la place de la jeunesse dans la vie publique.