Le 2 décembre 1804, la cathédrale Notre-Dame de Paris, rouverte et somptueusement décorée pour l’occasion, accueille une cérémonie sans précédent : Napoléon Bonaparte, ancien général de la Révolution et Premier Consul depuis 1799, s’y fait sacrer empereur des Français en présence du pape Pie VII. À seulement 35 ans, il restaure à son profit un empire d’inspiration carolingienne, mêlant habilement héritage monarchique, légitimité révolutionnaire et mise en scène politique.
Un empire pour garantir les acquis de la Révolution
À la faveur de la paix d’Amiens signée en 1802, Napoléon consolide son autorité et répond aux attentes d’une partie de la bourgeoisie, inquiète d’un possible retour des Bourbons. Les anciens députés de la Convention, les acquéreurs de biens nationaux ou encore les notables enrichis par les bouleversements révolutionnaires craignent en effet une restauration. Leur soutien pousse le Sénat à adopter, le 18 mai 1804, un sénatus-consulte établissant un empire héréditaire confié à Napoléon.
Mais l’autorité civile ne suffit pas à ses ambitions : l’empereur veut, comme Charlemagne, bénéficier d’une consécration religieuse. Il exige la présence du souverain pontife en personne. Pie VII accepte le voyage, espérant obtenir des concessions supplémentaires après le Concordat. Il ne recevra pourtant rien : Napoléon entend contrôler l’Église autant que l’État.
Une cérémonie monumentale, entre faste antique et calcul politique
Le sacre, orchestré par le peintre Jacques-Louis David, se déroule dans une atmosphère grandiose mais glaciale. L’assemblée, qui compte nombre d’anciens révolutionnaires connus pour leur irréligion, assiste à une liturgie complexe de plus de trois heures. Pie VII bénit le couple impérial et les insignes du pouvoir, mais le moment-clef appartient à Napoléon lui-même : dans un geste hautement symbolique, il se couronne de sa propre main avant d’imposer la couronne sur la tête de Joséphine.
Puis, assis sur le trône dressé à l’ouest de la nef, Napoléon prononce un long serment constitutionnel, jurant de protéger le territoire, de faire respecter les libertés civiles et de garantir l’irrévocabilité des ventes de biens nationaux — un message fort adressé à tous ceux qui redoutent le retour de l’Ancien Régime.
À l’extérieur, l’armée et le peuple accueillent l’événement avec réserve ou ironie. Malgré ce scepticisme, les capitales européennes — hormis Londres, en guerre — finissent par reconnaître le nouvel empereur, non sans amertume après l’exécution du duc d’Enghien quelques mois plus tôt.
Le sacre du 2 décembre ouvre l’ère impériale : un régime autoritaire mais modernisateur, où traditions monarchiques, héritage révolutionnaire et ambitions personnelles se confondent sous la figure d’un homme qui entend façonner la France à son image.