Des appels émanant de certains internautes chinois à une prise de contrôle rapide de la direction taïwanaise, sur le modèle de l’opération américaine ayant conduit à la capture du président vénézuélien, suscitent de vifs débats en Asie. Mais une telle stratégie serait extrêmement risquée et difficile à mettre en œuvre pour la Chine, estiment analystes, universitaires et responsables de la sécurité interrogés par Reuters.
Selon ces experts, une tentative de « décapitation » politique à Taïwan se heurterait à un adversaire préparé depuis des années à ce type de scénario. L’île dispose de solides capacités de défense aérienne et radar, ainsi que de dispositifs d’alerte précoce qui rendraient toute infiltration ou attaque aérienne détectable dès la traversée du détroit de Taïwan, augmentant fortement le risque d’escalade.
Bien que Pékin ait massivement investi dans des armements de pointe et multiplié les démonstrations de force autour de Taïwan, des doutes persistent quant à la capacité de l’Armée populaire de libération à coordonner efficacement ces moyens dans une opération complexe. « Si une telle action rencontrait des difficultés, elle dégénérerait rapidement en un conflit de grande ampleur, avec des risques politiques et militaires extrêmement élevés », a averti Chen Kuan-ting, député du parti au pouvoir à Taïwan.
Les analystes soulignent également le contraste avec l’opération américaine au Venezuela, qui a reposé sur une supériorité aérienne totale, des moyens avancés de guerre électronique et un renseignement en temps réel assuré par des drones et des satellites. À l’inverse, l’armée chinoise présenterait encore des lacunes en matière d’expérience opérationnelle interarmées et de validation de ses capacités dans des missions à haut risque.
La Chine n’exclut pas le recours à la force pour placer Taïwan sous son contrôle, une revendication fermement rejetée par Taipei. Ces derniers mois, Pékin a mené les plus vastes exercices militaires jamais organisés autour de l’île, accompagnés de messages avertissant toute « force extérieure » contre une ingérence. De son côté, le président taïwanais Lai Ching-te a réaffirmé la détermination de son gouvernement à défendre la souveraineté du territoire.
Taïwan a renforcé ses capacités défensives, notamment avec le dévoilement d’un système de défense aérienne multicouche baptisé « T-Dome », inspiré du Dôme de fer israélien, et par des exercices militaires visant à protéger des infrastructures clés comme l’aéroport principal de Taipei. L’île s’appuie également sur des équipements fournis par les États-Unis, tels que les systèmes de roquettes HIMARS.
Si l’opération américaine au Venezuela a nourri des fantasmes sur les réseaux sociaux chinois, les responsables taïwanais mettent en garde contre toute sous-estimation de la menace. « Nous ne pouvons pas nous permettre de les prendre à la légère », a déclaré un haut responsable de la sécurité taïwanaise, soulignant que Pékin chercherait à combler ses faiblesses, même si une attaque éclair resterait, à ce stade, un pari extrêmement périlleux.