Au lendemain des frappes israéliennes contre des sites nucléaires et militaires en Iran, la population iranienne est partagée entre consternation, inquiétude et désir de riposte. Tandis que Téhéran et d’autres grandes villes ont été secouées par des explosions dans la nuit, nombre d’habitants ont exprimé leur angoisse face à la perspective d’une escalade militaire, certains allant jusqu’à envisager de fuir le pays.
Dans la ville de Natanz, où se situe l’une des principales installations d’enrichissement d’uranium du pays, les habitants ont été réveillés par une explosion d’une rare violence. « Nous étions tous terrifiés », témoigne Marziyeh, mère de deux enfants. Comme elle, plusieurs Iraniens interrogés ont fait part de leur crainte d’une guerre ouverte, et certains se sont précipités vers les banques ou les bureaux de change pour retirer de l’argent ou acheter des devises étrangères. À Chiraz, Masoud Mousavi, retraité, envisage de rejoindre la Turquie par voie terrestre avec sa famille : « Je suis contre la guerre. Je ne veux pas que mes enfants vivent ça. »
Les attaques israéliennes, menées selon Tel Aviv pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, ont ravivé des débats profonds au sein de la société iranienne. Si de nombreux citoyens soutiennent le droit de leur pays à un programme nucléaire civil, une part croissante de la population estime que ce programme a un coût trop élevé en termes de sanctions, d’isolement et désormais de sécurité. « Je ne veux plus de souffrances », confie Mohammadreza, enseignant dans le nord du pays.
La colère gronde également dans les rues, avec un sentiment d’humiliation face à l’attaque. Des témoignages anonymes évoquent le déploiement de forces de sécurité et d’agents en civil dans plusieurs villes, en prévention de possibles troubles. Fariba Besharati, enseignante à la retraite, s’inquiète : « Nous avons déjà tant souffert. Pourquoi faut-il encore que cela tombe sur nous ? »
Pour d’autres, la riposte s’impose comme une évidence. Ali, milicien volontaire des Basij et fils d’un ancien combattant de la guerre Iran-Irak, se dit prêt à mourir pour défendre la République islamique. « On ne peut pas rester passifs. Soit on rend nos armes, soit on se bat. »
Loin d’un front uni, la société iranienne apparaît aujourd’hui profondément divisée, entre ceux qui aspirent à une désescalade et ceux qui, au nom de la souveraineté nationale, se disent prêts à l’affrontement. Alors que le pays traverse une crise économique aiguë, aggravée par les sanctions et une gouvernance contestée, cette nouvelle phase de tensions laisse craindre un avenir encore plus incertain pour une population déjà éprouvée.