Mohammed ben Salmane effectue son premier déplacement à la Maison-Blanche depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi, avec pour objectif de consolider son statut international et de convaincre Washington que son ascension fulgurante mérite un soutien durable. Cette visite marque un moment clé pour le dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, sept ans après un meurtre qui avait fait de lui un paria sur la scène occidentale.
Malgré la controverse de 2018, les relations entre les États-Unis et Riyad ont continué d’être guidées par un pragmatisme stratégique mêlant intérêts énergétiques, défense et coopération technologique. Alors que la tempête politique s’est peu à peu dissipée, MbS s’affiche désormais comme un médiateur régional, ayant renoué avec Téhéran, œuvré pour un cessez-le-feu à Gaza et facilité le retour de la Syrie dans le giron arabe.
Ce repositionnement international accompagne une transformation intérieure spectaculaire. En moins d’une décennie, MbS a démantelé l’ordre social austère qui façonnait le royaume depuis des générations. La police religieuse a été marginalisée, le clergé relégué, et une série de réformes a bouleversé le quotidien : les femmes conduisent, travaillent librement et évoluent dans des espaces mixtes autrefois inimaginables. Concerts géants, défilés de haute couture et icônes hollywoodiennes ont redéfini l’image d’un pays longtemps associé au rigorisme.
Mais cette ouverture s’est accompagnée d’une centralisation du pouvoir sans précédent. Les voix dissidentes ont été réduites au silence, les critiques arrêtées ou intimidées, et les centres de pouvoir rivaux neutralisés. Les réformes se poursuivent sous les conditions strictes fixées par le prince héritier, dans un contexte où toute loyauté doit être absolue.
La visite à Washington est perçue comme un moment déterminant, dans un royaume où MbS se prépare à succéder à son père. Certains analystes y voient une forme de pré-couronnement, alors qu’il s’impose comme la figure la plus influente de l’Arabie saoudite contemporaine. Et malgré les tensions historiques des attentats du 11 septembre à l’affaire Khashoggi la relation entre Riyad et Washington reste dominée par les mêmes impératifs : sécurité régionale, pétrole, commerce et désormais intelligence artificielle.
À domicile, l’image du prince est omniprésente. Son visage domine les panneaux publicitaires, les médias officiels et les centres commerciaux, tandis que ses projets économiques sont présentés comme autant de victoires stratégiques, sans que leur viabilité ne soit réellement débattue. Sa prise de pouvoir a été marquée par l’éviction de Mohammed ben Nayef, un changement brutal dans un système traditionnellement fondé sur l’ancienneté, et dont les coulisses restent opaques.
MbS a également projeté l’influence saoudienne sur la scène sportive mondiale. Le royaume a fusionné le circuit de golf LIV avec le PGA Tour, attiré des stars comme Cristiano Ronaldo et décroché l’organisation des Jeux asiatiques d’hiver 2029, tout en se positionnant pour accueillir la Coupe du monde 2034. Un soft power massif au service d’un prince qui veut redéfinir l’identité et le rôle du royaume au XXIe siècle.