La Russie et la Chine célèbrent leur victoire dans la Seconde Guerre mondiale sur fond de guerre en Ukraine
La Russie et la Chine célèbrent leur victoire dans la Seconde Guerre mondiale sur fond de guerre en Ukraine

Sous haute surveillance et dans un climat de tension internationale, la Russie a célébré vendredi le 80e anniversaire de la victoire de l’Union soviétique sur l’Allemagne nazie, en présence du président chinois Xi Jinping. Le traditionnel défilé du 9 mai sur la place Rouge a été marqué par la guerre en cours en Ukraine, que Moscou tente d’occulter en ravivant l’héritage de la « Grande Guerre patriotique ».

Aux côtés de Xi, d’autres chefs d’État de pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et de l’ex-URSS, Vladimir Poutine a rendu hommage aux 27 millions de victimes soviétiques de la Seconde Guerre mondiale, tout en saluant le rôle des alliés occidentaux dans la défaite d’Adolf Hitler. « L’Union soviétique a essuyé les coups les plus féroces de l’ennemi », a-t-il affirmé, avant de souligner que « l’ouverture du second front a rapproché la victoire ».

Le président russe, au pouvoir depuis 25 ans, a également salué la résistance chinoise face à l’invasion japonaise, évoquant « la contribution du peuple courageux de Chine » dans la lutte contre le fascisme. Les historiens chinois estiment que leur pays a perdu 35 millions de vies dans la guerre sino-japonaise (1937-1945), une tragédie symbolisée par le massacre de Nankin.

Mais l’ombre de la guerre en Ukraine planait sur les commémorations. Environ 1 500 des 11 000 soldats présents au défilé ont combattu en Ukraine, et des drones – armes emblématiques du conflit actuel – ont été exposés pour la première fois sur la place Rouge. Malgré les multiples frappes de drones ukrainiens contre Moscou ces derniers jours, aucune attaque n’a été signalée vendredi, alors qu’un cessez-le-feu temporaire de 72 heures décrété par la Russie semblait globalement respecté.

Poutine, qui utilise le souvenir de 1945 pour cimenter l’unité nationale, a cherché à présenter la Russie comme un pays non isolé, malgré les sanctions occidentales. La présence de Xi, de troupes chinoises et d’observateurs nord-coréens a été mise en avant comme preuve du soutien international à Moscou.

Pendant ce temps, à Kiev, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé un « défilé de cynisme » à Moscou. « On ne peut apaiser le mal. Il faut le combattre », a-t-il déclaré, appelant une nouvelle fois ses alliés occidentaux à renforcer leur aide face à une Russie qui contrôle environ 20 % du territoire ukrainien.

La Russie affirme respecter son cessez-le-feu, mais Kiev l’accuse de violations répétées. Cette trêve, si elle tient, n’effacera pas les ravages de trois années de guerre, désormais la plus meurtrière en Europe depuis 1945, et qui a coûté la vie à des centaines de milliers de soldats et de civils des deux côtés selon les estimations internationales.

Alors que les vétérans de la Seconde Guerre mondiale s’éteignent peu à peu, les cérémonies du 9 mai n’ont jamais été aussi chargées de tensions politiques et de symbolisme stratégique. La guerre d’hier continue d’être invoquée pour justifier celle d’aujourd’hui.

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