Afghanistan : l’interdiction d’Internet par fibre optique isole les femmes entrepreneures sous le régime taliban
Afghanistan : l’interdiction d’Internet par fibre optique isole les femmes entrepreneures sous le régime taliban

Dans plusieurs provinces du nord de l’Afghanistan, des milliers de foyers, d’écoles et de petites entreprises se retrouvent privés de leur principal accès à Internet, après que les talibans ont ordonné la coupure des réseaux à fibre optique. Les autorités locales affirment que cette mesure vise à empêcher des « activités immorales », mais les observateurs y voient surtout un moyen de renforcer le contrôle social et de museler toute dissidence.

Les provinces de Balkh, Kunduz, Badakhshan, Takhar et Baghlan sont officiellement concernées, tandis que des habitants de Kandahar, Hérat et Parwan signalent eux aussi des perturbations, non reconnues par les autorités. Cette décision constitue la première coupure d’ampleur depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, même si elle ne touche pas encore l’ensemble du pays.

La fermeture du réseau de fibre oblige désormais les usagers à se tourner vers les connexions mobiles, plus coûteuses et moins fiables. Pour les entrepreneures, la situation est dramatique : Sabrina Hayat, fondatrice de Hayat Handicrafts, explique que son collectif de neuf femmes, spécialisées dans la confection de robes traditionnelles afghanes, doit payer trois fois plus cher pour assurer une connexion minimale avec ses clients, en Afghanistan comme à l’étranger.

Avant cette interdiction, ces ateliers féminins pouvaient s’appuyer sur la fibre pour recevoir rapidement des commandes et maintenir leurs activités. Désormais, leur survie économique est compromise, à l’image de nombreuses initiatives menées par des femmes afghanes qui utilisaient Internet comme rare espace d’autonomie et de lien avec le monde extérieur.

Selon des analystes, cette coupure illustre la volonté des talibans de réduire davantage l’espace public des femmes, tout en affaiblissant la société civile. Elle s’ajoute aux restrictions déjà imposées à l’éducation, au travail et à la liberté de mouvement des Afghanes, accentuant encore leur isolement.

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