Depuis le 1er novembre 2025, la réforme du système des heures pleines et creuses bouleverse les habitudes de millions de foyers français. Portée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), cette refonte du tarif d’acheminement (TURPE 7) vise à aligner les comportements de consommation sur la nouvelle réalité énergétique du pays. Près de 11 millions d’usagers sont concernés, en particulier les propriétaires de voitures électriques, désormais contraints d’adapter leurs pratiques de recharge à des horaires totalement repensés.
Un modèle conçu pour le nucléaire, dépassé par le solaire
Mis en place dans les années 1970, le système des heures creuses avait été imaginé pour lisser la production des centrales nucléaires, en encourageant les ménages à consommer la nuit grâce à un tarif avantageux. Mais ce modèle s’essouffle à mesure que le mix énergétique français se transforme. L’essor du solaire et des énergies renouvelables a profondément modifié la courbe de production : l’électricité est aujourd’hui plus abondante et moins carbonée en journée qu’en pleine nuit. La CRE a donc décidé de revoir le dispositif en profondeur, afin de déplacer les incitations tarifaires vers les périodes où l’énergie est réellement disponible. Le nouveau système introduit une logique saisonnière. En hiver, les heures creuses demeurent majoritairement nocturnes, entre 22h et 7h, pour tenir compte des besoins de chauffage. En été, elles basculeront partiellement en journée, entre 11h et 17h, au moment où la production solaire atteint son pic. Cette bascule implique la disparition des heures creuses du matin et du soir, forçant les utilisateurs à reprogrammer leurs usages quotidiens, notamment la recharge des véhicules électriques.
Voitures électriques : une équation à recalculer
Les conséquences pour les automobilistes sont immédiates. Les recharges nocturnes, autrefois étalées sur huit heures continues, ne disposeront plus que de cinq à six heures à tarif réduit. Une charge complète deviendra donc plus complexe à obtenir, surtout pour les flottes professionnelles. Faute d’adaptation, les entreprises pourraient voir leur facture grimper de 8 à 14 %. Pour éviter ce surcoût, il faudra reconfigurer les habitudes : brancher plus tôt, renforcer la puissance des bornes et tirer parti des nouvelles plages creuses diurnes. Solal Botbol, cofondateur et PDG de la startup française Beev (leasing de véhicules électriques, installation de bornes de recharge, gestion de flotte d’entreprise), souligne que cette réforme impose une véritable révolution logistique : les particuliers comme les entreprises doivent désormais raisonner à l’échelle de la journée, en intégrant la production solaire et les outils de pilotage intelligent pour limiter les coûts. Ce changement de paradigme ouvre néanmoins des perspectives. Les heures creuses en journée permettent aux sociétés équipées de panneaux photovoltaïques de recharger à moindre coût tout en valorisant leur propre production solaire. Pour les particuliers en télétravail, la possibilité de recharger à domicile entre 11h et 17h constitue également un levier d’économie, à condition de disposer d’un matériel compatible et d’un suivi intelligent de la consommation. La réforme met aussi en lumière des technologies émergentes comme la recharge bidirectionnelle, dite V2G (Vehicle-to-Grid), qui permet aux véhicules de restituer de l’énergie au réseau pendant les pics de demande. Bien que cette solution reste marginale, elle illustre le tournant que la France veut amorcer : passer d’un modèle statique, hérité du nucléaire, à une gestion dynamique et connectée de l’électricité. Pour les entreprises comme pour les particuliers, le message est clair : il ne s’agit plus seulement de consommer, mais de savoir quand et comment le faire. L’électricité de demain sera aussi une question d’horloge.