L’économie russe plus fragile qu’elle n’en a l’air, selon un rapport présenté à l’Union européenne
L’économie russe plus fragile qu’elle n’en a l’air, selon un rapport présenté à l’Union européenne

L’économie russe, bien qu’affichant des signes apparents de stabilité, serait en réalité minée par des faiblesses structurelles et un mode de fonctionnement de plus en plus opaque, selon un rapport de l’Institut d’économie de transition de Stockholm (SITE) présenté mardi aux ministres des Finances de l’Union européenne. Ce document met en lumière les limites de la résilience économique du pays face aux sanctions internationales et aux effets prolongés de la guerre en Ukraine.

Alors que Moscou revendique une croissance économique soutenue — 3,6 % en 2023 et 4,3 % en 2024 — les auteurs du rapport remettent en question la fiabilité des données officielles. Selon Torbjorn Becker, qui a présenté le rapport, le gouvernement russe sous-estime probablement l’inflation réelle, ce qui conduit à une surestimation du produit intérieur brut (PIB) en termes réels. « Si l’inflation était vraiment de 9 à 10 %, pourquoi la Banque centrale maintiendrait-elle un taux directeur de 21 % ? », a-t-il interrogé, soulignant l’anomalie que cela représente dans un contexte monétaire normal.

Le rapport affirme que le passage de la Russie à une économie de guerre, fondée sur des dépenses militaires massives et une allocation de ressources contrôlée par l’État, n’est pas soutenable à long terme. L’effort budgétaire actuel repose en partie sur des mécanismes de financement peu transparents, notamment via le système bancaire, qui masque l’ampleur réelle du déficit public. Si ces canaux opaques étaient inclus dans les calculs, le déficit budgétaire réel serait probablement deux fois plus élevé que les 2 % officiellement annoncés.

Les sanctions économiques occidentales, imposées en réponse à l’invasion de l’Ukraine en février 2022, continuent par ailleurs de priver Moscou de ses principales sources de revenus, notamment les exportations de pétrole, de gaz et de charbon. À cela s’ajoute une baisse de rentabilité des secteurs stratégiques et une dépendance accrue au crédit bancaire, ce qui fait craindre une vulnérabilité croissante du système financier russe.

Le commissaire européen à l’économie, Valdis Dombrovskis, a confirmé que la Commission européenne partageait pleinement les conclusions du rapport du SITE. « L’économie russe ne se porte pas aussi bien que le laissent entendre ses propres statistiques », a-t-il déclaré. Il a également souligné que cette fragilité renforçait la pertinence des efforts internationaux visant à restreindre la capacité du Kremlin à poursuivre sa guerre en Ukraine.

En résumé, le rapport présente une Russie économiquement affaiblie, dont la résilience apparente masque un épuisement budgétaire progressif, des déséquilibres croissants et des statistiques peu fiables. Un constat qui pourrait peser sur la stratégie européenne dans les mois à venir, à mesure que le conflit se prolonge et que les outils de pression économique restent un levier central de la diplomatie occidentale face à Moscou.

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