Le gouvernement libanais a présenté un projet de loi destiné à s’attaquer à la crise financière profonde qui paralyse le pays depuis plus de six ans. Le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé vendredi que ce texte, conforme aux normes du Fonds monétaire international, constitue une étape majeure pour tenter de restaurer la confiance dans l’économie du Liban.
Le projet de loi, qui doit être examiné par le Conseil des ministres avant d’être soumis à un Parlement profondément divisé, vise à combler un déficit massif de financement du système financier. Il prévoit un mécanisme permettant aux déposants, privés de leurs économies depuis l’effondrement bancaire de 2019, de récupérer progressivement leurs fonds, notamment par des versements échelonnés et des titres adossés à des actifs.
Selon Nawaf Salam, un cabinet d’audit international indépendant sera chargé d’évaluer les actifs de la banque centrale après l’adoption de la loi, une exigence clé des partenaires internationaux du Liban. L’objectif affiché est de clarifier l’ampleur réelle des pertes et de jeter les bases d’une restructuration crédible du secteur bancaire.
La crise libanaise, provoquée par des décennies de corruption, de mauvaise gestion et de politiques financières jugées non viables, est considérée par la Banque mondiale comme l’une des pires au monde depuis le milieu du XIXᵉ siècle. Les comptes en dollars ont été gelés, les retraits sévèrement limités et la livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur. En 2022, les pertes totales étaient estimées à environ 70 milliards de dollars.
Si ce projet de loi représente une avancée attendue de longue date, son adoption et surtout sa mise en œuvre effective restent incertaines. Les divisions politiques, la défiance de la population et la fragilité sociale du pays constituent autant d’obstacles à une sortie de crise durable, alors que des millions de Libanais continuent de subir les conséquences directes de l’effondrement économique.