La scène a tout d’un symbole humiliant. Hier mardi matin, les investisseurs ont aligné la France sur l’Italie, longtemps considérée comme le maillon faible de l’Union européenne en matière de finances publiques. Les taux d’intérêt auxquels Paris emprunte sur dix ans, indicateurs de confiance des marchés, se sont retrouvés identiques à ceux de Rome, voire légèrement supérieurs quelques instants. Une égalité qui en dit long sur l’état de santé budgétaire de l’Hexagone, fragilisé par une instabilité politique chronique et un déficit incontrôlé.
Quand la France perd son avantage historique
Il fut un temps où l’écart entre les deux pays ressemblait à un gouffre. En 2011, au plus fort de la crise de la dette, les taux italiens dépassaient ceux de la France de quatre points. L’Italie figurait alors parmi les fameux « PIGS » (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne, Italie), un acronyme méprisant inventé par les analystes anglo-saxons pour désigner les cancres budgétaires. Deux décennies plus tard, le tableau s’est inversé. L’Italie affiche toujours un endettement colossal, représentant 140 % de son produit intérieur brut, contre environ 110 % côté français. Mais Rome respecte ses engagements vis-à-vis de Bruxelles, promettant de ramener son déficit sous la barre des 3 % d’ici 2026. La France, elle, épuise ses Premiers ministres et renvoie aux calendes grecques la moindre réforme sérieuse. Conséquence immédiate, les créanciers se montrent plus exigeants. L’écart de taux avec l’Allemagne, référence absolue en Europe, est reparti à la hausse, grimpant à 84 points de base, proche du niveau de nervosité atteint après la dissolution de 2024. Dans les salles de marché, certains redoutent déjà le franchissement du seuil psychologique des 100 points.
Une facture explosive et un verdict attendu
Cette défiance se traduit par une addition colossale. Les intérêts de la dette devraient coûter 66 milliards d’euros cette année et jusqu’à 75 milliards l’an prochain. Chaque seconde, la France alourdit son fardeau de 5 000 euros supplémentaires. Et la note pourrait grimper encore si l’agence Fitch décidait, comme beaucoup l’anticipent, d’abaisser la notation souveraine du pays de AA- à A+. Cette décision est attendue le 12 septembre. Certains économistes, prudents, n’excluent pas une surprise, mais le scénario d’une sanction reste jugé le plus probable. Pour retrouver un minimum de crédibilité, un seul ingrédient semble indispensable : la stabilité politique. Les marchés, lassés par les chutes de gouvernement à répétition, réclament au moins une trajectoire claire sur le déficit. Ils n’espèrent pas de grandes réformes d’ici l’élection présidentielle, mais un signal, même modeste, suffirait à calmer le jeu. Sans cela, la France risque de rester collée à l’Italie, ou pire encore, de passer en dessous.