Déficit public : cent milliards déjà partis en fumée en six mois
Déficit public : cent milliards déjà partis en fumée en six mois

C’est un chiffre qui claque comme un aveu d’impuissance. Le ministère de l’Économie a révélé ce mardi que le budget de l’État affichait, au 30 juin 2025, un déficit de 100,4 milliards d’euros. Autrement dit, en six mois, la France a dépensé près de la moitié de plus que ce qu’elle a perçu. Malgré un léger mieux par rapport à l’an dernier, ce gouffre budgétaire reste abyssal. Et François Bayrou, désormais en charge de Matignon, sait qu’il n’a plus droit au moindre écart. Le gouvernement s’accroche à la moindre inflexion positive. Entre janvier et juin, les dépenses de l’État ont reculé de 0,6 % par rapport à la même période en 2024. Un effort de rigueur rendu possible par la baisse des frais de fonctionnement. Mais ces économies ont été partiellement neutralisées par l’augmentation de la masse salariale des agents publics (+2,4 %) et surtout par la hausse des intérêts de la dette (+6 %), conséquence directe du niveau élevé des taux.

Une baisse des dépenses, mais un gouffre persistant

Côté recettes, l’évolution est plus favorable. Elles progressent de 4,2 %, tirées notamment par une forte hausse de l’impôt sur les sociétés (+7,9 %) et par la suppression du « bouclier tarifaire », qui freinait jusqu’alors certaines taxes énergétiques. En revanche, la TVA recule légèrement (–2,7 % à périmètre constant), reflet inquiétant d’une consommation des ménages en berne. Dans un climat incertain, les Français épargnent au lieu de consommer, ce qui prive l’État d’une ressource fiscale essentielle. Malgré l’amélioration très relative des comptes, la situation reste critique. Depuis le début de l’année, l’État a encaissé 182,5 milliards d’euros… mais en a déjà dépensé 262. À Bercy, on préfère parler d’un début de redressement. Mais pour les agences de notation, les marchés et Bruxelles, la crédibilité budgétaire française reste à démontrer. D’autant que François Bayrou joue gros : après deux années de prévisions pulvérisées, il s’est engagé à ramener le déficit public à 5,4 % du PIB en 2025, contre 5,8 % en 2024. Pour y parvenir, 17 milliards de crédits ont déjà été gelés ou annulés depuis février. La potion est amère, mais elle est jugée nécessaire. Sauf que, face à la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump et aux tensions sur la croissance européenne, chaque choc extérieur menace d’aggraver la fracture budgétaire. Cent milliards en six mois : le gouvernement peut saluer un frémissement… mais il navigue encore à vue dans une mer de dettes.

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