Croissance française : un sursaut inattendu, mais surtout fragile
Croissance française : un sursaut inattendu, mais surtout fragile

Tirée par un gonflement des stocks, la croissance française a surpris au deuxième trimestre 2025. Mais derrière les chiffres, l’économie peine à convaincre et les tensions politiques risquent de freiner la dynamique. C’est une respiration inattendue pour une économie sous tension. Entre avril et juin, le PIB français a progressé de 0,3 %, selon l’Insee. Une performance légèrement au-dessus des prévisions, qui misaient sur un petit +0,1 ou +0,2 %. Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, s’est empressé de saluer cette embellie, estimant que « l’économie résiste », malgré les barrières douanières imposées par les États-Unis sur les produits français depuis le printemps.

Un moteur conjoncturel, pas structurel

Mais la composition de cette croissance est loin de rassurer les économistes. L’essentiel du rebond repose sur une accumulation de stocks, notamment dans l’aéronautique et l’automobile. Cette composante, rarement durable, a apporté à elle seule 0,5 point de croissance. En clair : sans ces réserves, l’activité aurait reculé. La demande intérieure, elle, est restée désespérément atone. Après un recul de 0,1 % au premier trimestre, elle stagne. L’investissement des entreprises chute de 0,3 %, les exportations patinent (+0,2 %) tandis que les importations grimpent (+0,8 %), alourdissant la balance commerciale. Les ménages, de leur côté, affichent une consommation timide (+0,1 %), portée surtout par les services liés au tourisme. Quelques signaux positifs apparaissent côté immobilier, mais rien de décisif.

L’ombre du budget 2026

Les perspectives restent incertaines pour la seconde moitié de l’année. Si l’objectif gouvernemental d’une croissance de 0,7 % en 2025 semble encore atteignable, il suppose deux trimestres consécutifs à +0,2 %, dans un climat politique et budgétaire instable. Le plan d’économies de 44 milliards d’euros annoncé pour 2026, dont une « année blanche » sur certaines dépenses publiques, pourrait refroidir la demande. À cela s’ajoutent le gel du barème de l’impôt sur le revenu et celui des prestations sociales, pesant à hauteur de 7 milliards sur les ménages. L’examen du budget au Parlement s’annonce houleux, et aucun consensus politique n’émerge. Pour Maxime Darmet (Allianz Trade), « la lumière au bout du tunnel reste invisible », tandis qu’Anthony Morlet-Lavidalie (Rexecode) estime que « l’incertitude domestique risque de peser durablement sur la croissance ». En somme, si le trimestre écoulé rassure sur la solidité de certains secteurs, la dynamique reste fragile. Le souffle est là, mais rien ne dit qu’il ne retombera pas dès la rentrée.

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