Crise du riz au Japon : pourquoi la situation est devenue si critique
Crise du riz au Japon : pourquoi la situation est devenue si critique

TOKYO — Aliment de base au cœur de la culture japonaise, le riz est aujourd’hui au centre d’une crise nationale sans précédent. Depuis l’été dernier, les prix ont doublé, les rayons se vident, et les réserves d’urgence ont été mobilisées, mais peinent à atteindre les consommateurs. Cette situation, révélatrice de problèmes structurels dans la politique agricole du pays, a même coûté son poste au ministre de l’Agriculture.

La démission mercredi de Taku Eto, ancien ministre de l’Agriculture, a été précipitée par ses propos maladroits : « Je n’ai jamais eu besoin d’acheter du riz », avait-il déclaré, expliquant qu’il le recevait en cadeau de ses soutiens. Ce commentaire, jugé déconnecté de la réalité des Japonais confrontés à une flambée des prix, a forcé le Premier ministre Shigeru Ishiba à réagir en le remplaçant par Shinjiro Koizumi, ancien ministre de l’Environnement.

Depuis l’été 2024, les prix du riz ont atteint des sommets, avec la marque phare « Koshihikari » vendue jusqu’à 5 000 yens (environ 35 €) pour 5 kilos, soit le double du prix habituel. Cette inflation a été aggravée par une ruée vers les stocks, déclenchée par une alerte de « méga-séisme » l’an passé. À cela s’ajoutent une hausse de la consommation due à la montée du tourisme et à la flambée des prix du blé, qui a rendu le riz plus attractif.

Le gouvernement avait pourtant l’habitude de payer les agriculteurs pour réduire les surfaces cultivées en riz afin de maintenir des prix élevés. Une politique qui, selon plusieurs experts, va à l’encontre de la sécurité alimentaire nationale. Le système de distribution, dominé par les puissantes coopératives agricoles japonaises (JA), rend également difficile le suivi des stocks et la régulation des prix.

Face à la colère croissante, le nouveau ministre Koizumi a promis de réviser les contrats gouvernementaux de gestion du riz et de lever les plafonds sur les ventes à venir. Mais jusqu’ici, seules 10 % des réserves d’urgence libérées ont été effectivement acheminées vers les magasins. En cause : des capacités de transformation limitées pour convertir le riz brun stocké en riz blanc, et des soupçons de rétention volontaire de la part de certains grossistes.

Alors que la prochaine récolte n’est attendue que dans plusieurs mois, les supermarchés limitent les achats à un seul sac par client. Certains détaillants, comme la chaîne Aeon, se tournent vers des importations inhabituelles pour le Japon. Dès le mois prochain, 600 magasins vendront du riz « Calrose » produit aux États-Unis, à un prix de 2 894 yens (environ 20 €) pour 4 kilos.

Ce recours à des variétés étrangères, souvent boudées par les consommateurs japonais, est vu comme un dernier recours pour éviter un désintérêt croissant envers le riz. « Nous craignons que cette pénurie prolongée ne pousse les gens à changer leurs habitudes alimentaires », explique Hirokazu Satou, porte-parole d’Aeon.

La crise révèle enfin un défi de long terme : l’âge moyen des agriculteurs japonais est de 69 ans, et leur nombre a été divisé par deux en vingt ans. À moins d’un changement profond dans la politique agricole, les pénuries pourraient devenir la norme.

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