L’association Antoine Alléno a annoncé avoir engagé une action en justice contre les entreprises qu’elle estime dissimulées derrière les bonbonnes de protoxyde d’azote colorées commercialisées sous la marque Cream Deluxe, qu’elle juge associées à un “usage détourné”.
“Cette action de groupe va nous permettre d’attaquer les producteurs de protoxyde d’azote qui utilisent des biais de communication trompeurs auprès de nos jeunes”, a déclaré le chef étoilé Yannick Alléno, président de l’association créée en mémoire de son fils Antoine, mortellement percuté par un chauffard en 2022.
Des visuels festifs et des arômes sucrés au cœur des critiques
L’action judiciaire vise notamment la présentation commerciale de ces produits. Sur le site de Cream Deluxe, des entreprises peuvent acheter en grande quantité des bonbonnes aromatisées portant des appellations comme “Strawberry Kiwi Ice” ou “Lady Killer”, avec des visuels colorés évoquant l’univers de la fête, des loisirs et des vacances.
Les contenants, proposés en formats de 666 grammes ou de 2 kilogrammes, sont présentés comme étant destinés à “la création de boissons et cocktails”, selon les mentions figurant sur le site. Une justification que conteste Yannick Alléno, assurant n’en avoir “jamais vu” en cuisine.
Une chaîne de fabrication et de distribution pointée par l’association
D’après l’association Antoine Alléno, les bonbonnes sont fabriquées par la société chinoise Zhuzhou Xingye Chemical. La marque Cream Deluxe serait, selon elle, gérée par IVM Firma Handlowa, une entreprise polonaise chargée également de la distribution, soit via son propre site internet, soit par l’intermédiaire de plateformes de vente en ligne comme Ebay.
IVM Firma Handlowa a contesté être “le distributeur de Cream Deluxe”. L’entreprise a précisé : “Nous avons cessé toute vente en France et fermé notre boutique en ligne Cream Deluxe, précisément en raison de signes évidents de mésusage non culinaire. Nous n’avons plus aucune activité commerciale liée à cette gamme de produits en France depuis un certain temps déjà.”
Zhuzhou Xingye Chemical n’a pas pu être jointe dans l’immédiat.
Ce que demande l’association devant la justice
Dans son assignation pour pratiques commerciales déloyales, l’association réclame au tribunal judiciaire de Paris de condamner les entreprises visées à mettre fin à leurs activités en France, sous peine d’astreinte financière. Elle demande également le versement de 25.000 euros pour couvrir ses frais de justice.
Pour rappel, la commercialisation du protoxyde d’azote fait déjà l’objet d’un encadrement renforcé. Depuis 2021, la vente aux particuliers de contenants de plus de 8,6 grammes est interdite. Malgré cela, Cream Deluxe continue, selon l’association, d’encourager les professionnels à s’approvisionner via son site, en mettant en avant un marché “en expansion permanente”, qui “offre de multiples opportunités pour qui décide de devenir grossiste”.
“Un cynisme certain”, selon l’avocat de l’association
L’argumentaire commercial prêté à la marque alimente les critiques de l’association et de ses conseils. “Un cynisme certain”, a dénoncé auprès de l’AFP Benoît Javaux, avocat associé du cabinet Squadra, qui espère une “sanction par les pouvoirs publics et par le tribunal”.
L’avocat souligne toutefois la difficulté d’une telle action face à des structures qu’il décrit comme difficiles à cerner. Ce type de procédure peut durer “quasiment deux ans”, a-t-il rappelé, tout en reconnaissant le risque pesant sur “l’effet utile” d’une action judiciaire dirigée contre un réseau jugé aussi “opaque”.
Un enjeu de santé publique devenu crucial
Au-delà du volet judiciaire, Yannick Alléno insiste sur les conséquences sanitaires de la consommation détournée de protoxyde d’azote. Le gaz “a des effets importants sur la santé publique: des jeunes perdent la mobilité, il y a des brûlures, des accidents”, a-t-il déclaré.
Le président de l’association appelle en outre le gouvernement à publier le décret fixant la liste des substances psychoactives entrant dans le champ du délit d’homicide routier, afin que le protoxyde d’azote y figure explicitement.
Une inquiétude grandissante autour des accidents de la route
La question dépasse désormais le seul cadre de la prévention sanitaire. Selon l’association 40 millions d’automobilistes, plus de 450 accidents routiers graves liés au protoxyde d’azote ont été recensés en 2025, soit quarante fois plus qu’il y a six ans.
Cette montée en puissance du phénomène nourrit les débats autour d’un durcissement de la réponse pénale.
Le protoxyde d’azote figure également parmi les sujets abordés dans le projet de loi “Ripost”, présenté au Sénat en mai. Le texte prévoit notamment de faire de l’inhalation de ce gaz un délit passible d’une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 3.750 euros d’amende.
Il prévoit aussi de sanctionner plus sévèrement la conduite sous l’emprise de cette substance, avec une peine pouvant atteindre trois ans de prison et 9.000 euros d’amende.