Saint-Tropez, ses terrasses, ses selfies… et ses anneaux d’amarrage. Dans le Var, dix personnes soupçonnées d’avoir participé à un « système de corruption » au sein du port ont été convoquées pour être jugées le 23 novembre, selon le procureur de Draguignan. Dans cette affaire, les meilleurs emplacements, ceux qui font gagner du temps, du prestige et une vue imprenable sur le cœur du village, auraient été attribués contre espèces sonnantes et trébuchantes.
Derrière la carte postale, le mécanisme décrit par le parquet ressemble à une petite machine bien huilée: « une chaîne décisionnaire d’attribution des places, parallèle et occulte », associée à « un système de gratification » visant certains employés, par le biais de rétributions en liquide. Les suspects sont présentés comme des maîtres de port, des employés ou des intermédiaires. Et les montants évoqués donnent le tournis: le total des sommes perçues est estimé à deux millions d’euros, avec des saisies réalisées à hauteur de 856.000 euros.
Quand l’anneau se monnaie sous la table
Quand l’anneau se monnaie sous la table Tout serait parti d’une plainte déposée au printemps 2024 par un ancien agent portuaire. Il avait raconté que des collègues réclamaient entre 1.000 et 15.000 euros en liquide, en plus du tarif officiel des emplacements qui peut grimper jusqu’à 5.000 euros la nuit. Dans un port où l’espace est rare, la tentation de « réserver » une place à celui qui paye, vite et sans trace, devient un raccourci aussi cynique qu’efficace.
À la mairie, on assure avoir joué carte sur table avec les enquêteurs, tout en lançant un grand ménage interne. Six agents suspects auraient fait l’objet d’un départ négocié, sur une quarantaine d’employés municipaux, et le service a été réorganisé, avec audit permanent, création d’une direction administrative et financière du port et mise en place d’un contrôle de gestion. « On a fait une petite révolution sur le port », a résumé Benoît Ravix, directeur général des services, la commune annonçant vouloir se constituer partie civile et dénonçant un « préjudice d’image ».
Reste le nerf du problème, celui que tout habitué des quais connaît: la pression. Saint-Tropez compte plus de 730 emplacements, mais la moitié sont occupés par des plaisanciers locaux, beaucoup d’anneaux sont éloignés du centre et la bataille se joue surtout pour la trentaine de places destinées aux yachts sur le port principal. La municipalité a limité les escales à trois jours pour favoriser le flux, sans faire disparaître la file d’attente estivale, annoncée entre 50 et 90 bateaux par emplacement… autant dire un marché où la moindre faveur peut valoir très cher, et où l’audience de novembre dira si le ver était installé depuis longtemps dans le fruit tropézien.
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