La justice relance l’enquête sur un gilet jaune éborgné lors des violences du 8 décembre 2018
La justice relance l’enquête sur un gilet jaune éborgné lors des violences du 8 décembre 2018

La journée du 8 décembre 2018, marquée par de violents affrontements sur les Champs-Élysées, reste l’une des plus emblématiques du mouvement des « gilets jaunes ». C’est ce jour-là qu’Alexandre Frey a perdu un œil, touché par un tir de lanceur de balles de défense (LBD). Alors que l’information judiciaire avait été close par un non-lieu en juillet 2025, la cour d’appel de Paris vient d’ordonner la reprise des investigations.

La juge d’instruction avait estimé que les investigations n’avaient pas permis d’identifier l’auteur du tir. Analyses de vidéos, auditions de témoins et de policiers, exploitation d’images de vidéosurveillance : malgré ces démarches, l’enquête conduite notamment avec l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) n’avait pas abouti à des conclusions suffisantes pour renvoyer un suspect devant un tribunal.

Mais dans un arrêt rendu mi-février, la cour d’appel a considéré que l’enquête ne pouvait être regardée comme complète. Elle a ainsi ordonné la poursuite de l’information judiciaire, estimant que certaines pistes n’avaient pas été explorées jusqu’au bout.

Des éléments jugés insuffisamment exploités

Parmi ces éléments figure un rapport rédigé près de deux mois après les faits par un gardien de la paix, attestant de l’usage d’un LBD à l’endroit et à l’horaire correspondant à la blessure d’Alexandre Frey. Le policier y décrivait avoir visé une personne s’apprêtant, selon lui, à lancer un objet en direction des forces de l’ordre. Il évoquait ensuite avoir vu un individu présentant une blessure « saignante » à la tête.

La cour relève que le lieu, le créneau horaire et la nature de la blessure sont compatibles avec ceux d’Alexandre Frey. Ces éléments, combinés à des témoignages recueillis dans le dossier, pourraient constituer des « indices graves et concordants » rendant vraisemblable l’implication de ce fonctionnaire.

Lors des faits, Alexandre Frey, venu manifester depuis la Picardie, avait expliqué s’être retrouvé bloqué près de la place de l’Étoile dans un contexte de fortes tensions, entre barricades, jets de projectiles et tirs de gaz lacrymogènes. Il affirme n’avoir entendu aucune sommation avant d’être atteint à l’œil alors qu’il se retournait pour regarder un ami blessé.

L’instruction devra désormais approfondir ces éléments et déterminer si des responsabilités individuelles, voire hiérarchiques, peuvent être établies. Huit ans après les faits, la décision de la cour d’appel rouvre la possibilité d’un examen plus poussé de ce dossier emblématique des blessures graves survenues lors du mouvement des « gilets jaunes », au cours duquel 23 personnes ont été éborgnées selon les chiffres cités dans la procédure.

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