En Lozère, un ex-dentiste face au tribunal pour des soins jugés inutiles
En Lozère, un ex-dentiste face au tribunal pour des soins jugés inutiles

Un dossier de justice a le goût amer de l’anesthésie qui ne prend pas. José Pereira Mendes, 61 ans, ancien chirurgien-dentiste installé à Badaroux, comparaît devant le tribunal correctionnel. À l’audience, il doit répondre de « violences ayant entraîné une mutilation, escroquerie, et blanchiment » dans une affaire où des patients disent avoir été soignés au-delà du raisonnable, parfois au prix fort, dans leur bouche comme dans leur vie.

Entre 2018 et 2021, le praticien est soupçonné d’avoir multiplié des actes sans nécessité médicale, selon l’enquête. Des extractions de dents présentées comme saines, des implants posés en série, des interventions décrites comme rapides et lourdes. Le préjudice financier, lui, s’annonce très concret: plus de 300 000 euros pour l’Assurance maladie, avec une quarantaine de victimes recensées et jusqu’à 45 selon France Info. À la barre, il risque jusqu’à dix ans de prison.

Au fil des témoignages, c’est une même sensation qui revient, celle d’une consultation banale qui dérape. Éric, l’une des victimes, a raconté être venu pour « une extraction simple » et être ressorti avec onze dents retirées en deux heures puis onze implants posés. « Ça ressemblait plus à de la boucherie qu’a de la médecine », phrase brutale, presque impossible à oublier quand on imagine le fauteuil, la lumière au plafond et l’impossibilité de parler.

Au cabinet, la douleur… et la facture

La mécanique financière est au coeur du dossier. Une expertise citée par France Inter évalue à 330 000 euros les remboursements indus perçus par le chirurgien-dentiste. Ce chiffre, froid, vient appuyer ce que les patients décrivent, eux, avec des mots de chair: des douleurs, des séquelles, des dents manquantes, des implants qui « tombent » avec les années et des reprises de soins forcément coûteuses, souvent ailleurs, chez un confrère chargé de réparer.

Face à ces accusations, la défense avance une ligne simple: des erreurs de facturation au secrétariat. Une explication qui, sur le papier, peut exister, comme dans n’importe quelle activité où la paperasse s’empile. Mais Me Catherine Szwarc, avocate de 27 parties civiles, refuse cette version et parle d’« un système, une méthode », en attendant du tribunal « une décision de culpabilité » et une prise de responsabilité. Dans ce type d’affaires, tout se joue sur la frontière entre faute, dérive et intention.

Reste maintenant le temps judiciaire, long, minutieux, parfois frustrant pour ceux qui attendent des réponses nettes. Le tribunal de Mende devra dire si ces actes relevaient d’une pratique discutable ou d’une stratégie organisée, avec au passage la question de la confiance, celle qui fait qu’on s’assoit un jour dans un fauteuil en pensant être entre de bonnes mains. Une fois le verdict rendu, la Lozère, petite par la géographie mais pas par l’onde de choc, devra recoller ce qui peut l’être.

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