À Bruxelles, un procès d’assises s’ouvre sur fond de guerre du narcotrafic
À Bruxelles, un procès d’assises s’ouvre sur fond de guerre du narcotrafic

La cour d’assises de Bruxelles inaugure son année judiciaire avec un dossier emblématique de la violence liée au trafic international de drogue. À partir de ce lundi, neuf accusés, dont Franc Gergely, sont renvoyés devant un jury pour leur implication présumée dans l’assassinat d’Ardit Spahiu, abattu en novembre 2020 à Molenbeek. La victime, ressortissante albanaise, a été exécutée en pleine rue, criblée de balles, dans ce qui apparaît comme un règlement de comptes commandité à distance.

Les enquêteurs ont rapidement écarté la thèse d’un conflit local pour établir un lien avec une rivalité opposant deux clans albanais implantés dans le trafic de cocaïne à l’échelle européenne. Ardit Spahiu évoluait dans le secteur du gros, notamment dans des laboratoires clandestins de transformation de stupéfiants. Son élimination s’inscrit dans un affrontement ancien, nourri par le détournement d’une cargaison de drogue et par la montée en puissance d’une organisation criminelle soupçonnée d’avoir pesé sur les flux de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe.

Des preuves issues de la messagerie chiffrée au cœur des débats

Le cœur du dossier repose sur l’exploitation de milliers de messages échangés via la plateforme cryptée SKY ECC, interceptés par les forces de l’ordre. Ces communications détaillent des mois de repérages, plusieurs tentatives avortées et la structure hiérarchisée du réseau, entre exécutants, logisticiens et commanditaires prêts à financer une exécution. Les procureurs estiment que Franc Gergely, extradé des Émirats arabes unis fin 2023, a joué un rôle central dans la planification du meurtre.

C’est la première fois en Belgique qu’un jury populaire devra se prononcer sur des éléments de preuve issus de cette messagerie chiffrée, un point déjà contesté par la défense. Le procès, dont les débats débuteront jeudi après la constitution du jury, pourrait faire jurisprudence dans la manière dont la justice appréhende les enquêtes fondées sur des communications cryptées, désormais incontournables dans la lutte contre la criminalité organisée.

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