Par Jérôme Goulon et Jessica Pierné.
En ce week-end de la Toussaint (1er novembre) et de la fête des morts (2 novembre), consacré au souvenir de nos disparus, Entrevue vous fait découvrir en plusieurs épisodes, tout au long des journées de samedi et dimanche, les tombes de vos célébrités préférées, des plus simples aux plus incroyables en passant par les plus mystérieuses ou les plus insolites. Découvrez où reposent chanteurs, acteurs, humoristes, personnalités de la télé, politiques, sportifs et autres grandes figures qui ont marqué la France et le monde…
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ÉPISODE 6 – LES HUMORISTES
Thierry Le Luron – Mort en 1986 (34 ans) – Cimetière de La Clarté, Perros-Guirec, Côtes-d’Armor (22)

En septembre 1984, alors que son nouveau 33 tours, Le Luron interdit, est fait disque d’or, l’imitateur apprend qu’il est atteint d’un cancer métastatique. Dans le plus grand secret, il multiplie les allers et retours aux États-Unis où il consulte des spécialistes, qui se montrent pessimistes sur l’espérance de vie de leur patient. Pourtant, Thierry Le Luron ne change rien à sa vie quotidienne et, si elle est désormais ponctuée de visites régulières dans plusieurs hôpitaux parisiens, l’humoriste continue de jouer son spectacle à Paris et en tournée.
En novembre 1985, il participe à un gala organisé par son amie Line Renaud en faveur de la lutte contre le SIDA où il fustige le manque de personnalités politiques présentes. Soignant ses douleurs, qui apparaissent progressivement, par des vitamines et des piqûres de cellules fraîches, il accuse de plus en plus de difficulté à se déplacer normalement : il boitille, traîne de la jambe gauche et ne parvient pas à se débarrasser d’une bronchite persistante. Cet état asthénique ne manque pas d’inquiéter ses amis et techniciens auxquels il rétorque toujours par la plaisanterie.
Le 28 décembre, il est incapable de monter sur scène et ressent les effets d’une paralysie de tout son côté gauche. Après la représentation, il est transporté d’urgence à l’hôpital Lariboisière, dans un état semi-comateux. Durant son séjour prolongé à l’hôpital, sous le pseudonyme de Jean Gilles ( ses deuxièmes et troisièmes prénoms ), l’artiste ne reçoit que quelques proches, dont son producteur Hervé Hubert, son auteur et ami Bernard Mabille et le pianiste Daniel Varsano, son discret compagnon. Les médecins lui diagnostiquent de nouvelles tumeurs au cerveau et une évolution rapide de son cancer, probablement liée à une infection au VIH affaiblissant jour après jour ses défenses immunitaires.
En 1986, lors d’un court séjour familial en Bretagne, il évoque pour la première fois avec sa sœur la disparition de son ancien compagnon Jorge Lago des suites du SIDA, et la possibilité pour lui d’une « infection ». Quelques jours plus tard, avec l’aide de son amie Line Renaud et grâce à l’influence du Premier ministre Jacques Chirac, il est admis à l’hôpital de Bethesda, à côté de Washington aux États-Unis, pour y subir un traitement expérimental contre le SIDA à base d’Interleukine 2.
Il retourne à Paris et s’installe dans une suite de l’hôtel de Crillon, qui domine la place de la Concorde, le temps nécessaire aux travaux de son nouvel appartement, rue du Cherche-Midi, qu’il n’habitera jamais. Il s’éteint dans la nuit du 12 au 13 novembre 1986, à seulement 34 ans, dans la suite 440 qu’il occupait à l’Hôtel de Crillon, même si ses proches ont voulu faire croire qu’il était mort à l’hôpital. L’imitateur est inhumé dans le cimetière de La Clarté, à Perros-Guirec, en Bretagne.

Coluche – Mort en 1986 (41 ans) – Cimetière de Montrouge, Paris (75)

Le 19 juin 1986, Coluche, accompagné de deux de ses amis, Ludovic Paris et Didier Lavergne, quitte Cannes à 16h15 pour rentrer à Opio sur une moto. Il trouve la mort sur le trajet entre ces deux localités à 16h35, à moins de quatre kilomètres de la villa qu’il a louée et qu’il doit quitter, d’après Philippe Boggio, le lendemain. Conformément aux résultats de l’enquête de gendarmerie et contrairement aux déclarations du chauffeur du poids lourd à l’origine de l’accident, Albert Ardisson, si Coluche ne porte pas de casque ( accroché au guidon ) durant ce trajet, il roule à vitesse modérée, soit, selon l’expertise, à environ 60 km/h, en deçà des 90 km/h maximaux autorisés.
Dans une ligne droite entre deux virages, le camion en face lui coupe brusquement la route, sur la route de Grasse. Le drame survient en fin de ligne droite, peu avant le croisement de la route de Cannes et du chemin du Piol à Opio alors que le camion, un semi-remorque benne chargé de gravats provenant de la gendarmerie de Grasse, tournait vers une décharge.
Le choc se produit entre 16h30 et 16h35, heure de la mort selon l’AFP. Pourtant motard expérimenté, l’humoriste ne peut rien faire, sinon braquer le guidon de sa moto pour l’éviter, espérant passer sous le camion. Mais il ne réussit pas cette manœuvre. Sa tête percute l’avant droit du véhicule, au niveau du phare. Le choc violent lui est fatal. Coluche est inhumé le mardi 24 juin 1986 au cimetière de Montrouge, dans le 14ème arrondissement parisien, près de la porte d’Orléans.

Élie Kakou – Mort en 1999 (39 ans) – Cimetière des Trois-Lucs, Marseille (13)

Humoriste de talent, on retient d’Élie Kakou ses nombreux sketchs sur Madame Sarfati et sa fille Fortunée. De l’aveu du comique, issu d’une famille juive tunisienne, il s’était inspiré de ladite famille pour créer ses personnages. Peu avant sa mort, Élie Kakou avait entamé une carrière au cinéma, jouant dans le premier volet de La Vérité si je mens !, sorti en 1997. Mais deux ans après la sortie du film, Élie Kakou s’éteint, à seulement 39 ans. L’humoriste a été terrassé par un cancer du poumon, là où certains ont prétendu qu’il avait contracté le virus du SIDA. Selon sa sœur Brigitte, Élie avait l’espoir de guérir et avait caché sa maladie à sa mère pour la préserver. La sœur aînée du comique venait en effet de perdre sa fille d’une leucémie, et il craignait d’occasionner un choc à sa maman. L’humoriste repose au cimetière juif des Trois-Lucs, dans le 12ème arrondissement de Marseille.

Pierre Desproges – Mort en 1988 (48 ans) – Cimetière du Père-Lachaise, Paris (75)

En 1987, on diagnostique un cancer du poumon à Pierre Desproges. Les médecins qui l’opèrent ne peuvent que constater les dégâts : ses deux poumons sont atteints et l’humoriste est condamné. En accord avec Hélène Desproges, son épouse, ils décident de lui cacher la vérité et prétendent avoir retiré une tumeur sans conséquence. Lentement, son état de santé se dégrade. L’humoriste ressent une fatigue chronique mais continue d’honorer ses engagements professionnels, sans se douter que le cancer le ronge. Pour lui permettre de tenir le rythme de la tournée de son spectacle, des cocktails de remontants lui sont administrés directement dans les muscles.
En mars 1988, il accepte d’interrompre sa tournée pour reprendre des forces à l’hôpital. Il y meurt le 18 avril 1988, peu avant l’élection présidentielle. Le 12 septembre 2015, sur les ondes de RTL, son ami Guy Bedos révèle au micro de Marie Drucker qu’on a « aidé Pierre Desproges à mourir », à l’hôpital. Cette évocation d’une euthanasie de l’humoriste est également présente dans l’autobiographie de Bedos, Je me souviendrai de tout. Ses obsèques se déroulent au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Ses cendres sont inhumées après sa crémation dans une tombe provisoire, puis dans la division 10. Sa sépulture est un minuscule jardinet entouré d’une grille avec une simple plaque, où ses cendres ont été mélangées à la terre, sur dérogation de la Ville de Paris.

Guy Bedos – Mort en 2020 (85 ans) – Cimetière de Lumio, Corse

Le 28 mai 2020, Nicolas Bedos annonce sur Twitter la disparition de son père, Guy Bedos, à l’âge de 85 ans. L’humoriste et comédien s’est éteint après avoir lutté contre une forme de maladie d’Alzheimer, qui l’avait profondément affaibli dans les dernières années de sa vie.
Selon sa fille Victoria Bedos, l’artiste, lucide sur sa condition, aurait choisi d’interrompre son alimentation : « Il a fait une grève de la faim pour que ça s’arrête, que cette confusion mentale cesse », confiait-elle, évoquant la volonté de son père de garder le contrôle jusqu’au bout
Les obsèques de Guy Bedos se tiennent le 4 juin 2020 à l’église Saint-Germain-des-Prés, à Paris. De nombreuses personnalités du monde artistique, politique et médiatique viennent lui rendre hommage, tandis qu’une foule de plusieurs centaines de personnes se rassemble à l’extérieur pour saluer une dernière fois celui qui, par son humour et son engagement, avait marqué plusieurs générations.
Quelques jours plus tard, le 8 juin, le comédien est inhumé dans le cimetière de Lumio, en Haute-Corse, sa terre de cœur où il aimait se ressourcer.
Près d’un an après la disparition de son père, Nicolas Bedos révèle dans une interview avoir envisagé de l’aider à mourir, face à la dégradation de son état. Il raconte avoir sollicité un médecin pour obtenir un antiépileptique, sans jamais aller jusqu’à l’utiliser. « Je me revois sur mon scooter, me rendant à la pharmacie pour acheter la mort de l’homme que j’aime le plus au monde », confie-t-il, dans un témoignage bouleversant.

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