Icône du hip-hop et magnat du divertissement, Sean “Diddy” Combs va devoir répondre devant un tribunal fédéral de Manhattan à des accusations graves qui pourraient le faire passer du statut de star adulée à celui de criminel condamné. Le procès, qui s’ouvre lundi avec la sélection du jury, promet de dévoiler la face la plus sombre du fondateur de Bad Boy Records, accusé d’avoir exploité pendant deux décennies son pouvoir et sa célébrité pour abuser sexuellement de femmes dans des contextes sordides et violents.
L’acte d’accusation décrit un système bien rodé, impliquant des employés de ses nombreuses entreprises – maisons de disques, ligne de vêtements, marques d’alcool ou médias – pour faciliter des « Freak Offs », des orgies filmées où des femmes, souvent droguées, étaient contraintes d’avoir des rapports avec des hommes embauchés pour l’occasion. Quatre femmes, dont l’artiste Cassie (de son vrai nom Casandra Ventura), seront au cœur des témoignages. Elle a publiquement accusé Combs de viols, de violences et de manipulation psychologique pendant leur relation qui a débuté en 2005.
Combs, aujourd’hui âgé de 55 ans, nie les faits. Son équipe de défense affirme que les rapports décrits étaient consentis, évoquant une relation amoureuse libre avec Cassie et accusant les plaignantes d’être motivées par l’argent, notamment après que Combs a versé une somme importante à Cassie dans le cadre d’un accord à l’amiable. Mais les procureurs entendent prouver que derrière l’image du businessman à succès se cache un homme violent et manipulateur, capable de menaces, d’intimidation et d’actes criminels allant jusqu’au kidnapping, à l’incendie volontaire et à la corruption.
Les preuves promises par l’accusation sont lourdes : vidéos de surveillance, messages électroniques, enregistrements, documents de voyage et extraits hôteliers. Parmi elles, une séquence diffusée par CNN en 2024 montre Combs en train de frapper et traîner Cassie dans un couloir d’hôtel à Los Angeles en 2016. L’artiste avait ensuite présenté des excuses publiques, qualifiant ses actes de « honteux ».
Depuis son inculpation en septembre dernier, Combs est détenu dans une prison fédérale à Brooklyn, les juges ayant estimé qu’il représentait un risque d’intimidation pour les victimes et les témoins. Les perquisitions à ses domiciles à Miami et Los Angeles ont permis de saisir 96 appareils électroniques et trois fusils de type AR-15 aux numéros de série effacés.
Ce procès n’est pas le premier de Diddy. En 2001, il avait été acquitté d’accusations liées à une fusillade dans une boîte de nuit de Manhattan. Mais cette fois, l’ampleur des accusations pourrait lui valoir des décennies de prison s’il est reconnu coupable des chefs les plus graves, dont association de malfaiteurs, traite d’êtres humains et transport de personnes à des fins de prostitution.
Alors qu’il a rejeté une proposition de plaider coupable contre une peine allégée, Combs a quitté le prétoire jeudi, le poing levé, affichant une attitude de défi. Reste à savoir si ce geste marquera le début d’une défense solide… ou d’une chute retentissante.