Pour Omar Harfouch, Sylvie Tellier est "opportuniste, démagogue et complice" de par son silence sur la fraude autour de Miss Univers. (Daniel Topic, Ap, DR)
Pour Omar Harfouch, Sylvie Tellier est "opportuniste, démagogue et complice" de par son silence sur la fraude autour de Miss Univers. (Daniel Topic, Ap, DR)

Hier, Sylvie Tellier, directrice générale de la société Miss France de 2007 à 2022, s’en est pris au propriétaire de Miss Univers, Raúl Rocha, qui suite aux révélations de triche entourant le concours, avait justifié le mauvais classement de Olivia Yacé (Miss Côte d’Ivoire) en évoquant des problèmes de visas liés à son passeport ivoirien. La Miss France 2002 a qualifié ces explications d’«absurdes» et de «non professionnelle », ajoutant : «Ce monsieur est fou. (…) Je crois qu’on a déjà eu des Miss africaines élues Miss Univers et que ça n’a jamais posé problème pour qu’elles voyagent».

Bizarrement, Sylvie Tellier est en revanche restée totalement silencieuse sur les révélations de triche entourant Miss Univers, ainsi que les ramifications criminelles qui l’entourent, et qui sont au au final bien plus graves…

Cette déclaration fait suite par ailleurs à celle de Frédéric Gilbert, président de la société Miss France, qui lui aussi avait réagi timidement aux scandales de triche et de conflits d’intérêts qui touchent Miss Univers, déclarant : « La société Miss France, comme les autres comités nationaux, attendent aujourd’hui des réponses. On paie tous une licence pour envoyer quelqu’un, donc il va falloir rendre des comptes. »

Si à première vue, ces déclarations de Sylvie Tellier et Frédéric Gilbert semblent critiques envers Miss Univers et Raùl Rocha, et également pleines d’empathie pour Miss Côte d’Ivoire, ces sorties interrogent par leur relative timidité, l’occultation des accusations les plus graves autour du concours et le manque d’actes concrets de la société Miss France, qui n’a absolument rien fait depuis l’éclatement des scandales entourant Miss Univers.

En y regardant de plus près, ces réactions pourraient donc cacher en réalité des intentions aussi opportunistes que démagogiques, à quelques jours de l’élection de Miss France 2026. C’est d’ailleurs ce que dénonce Omar Harfouch, membre démissionnaire du jury de Miss Univers, qui avait été le premier à révéler la triche du concours dès le 18 novembre, sans que Sylvie Tellier ou la société Miss France ne réagissent à ce moment-là…

Sylvie Tellier : une réaction aussi tardive que timide

Comme nous le rappelions en préambule, Omar Harfouch avait dès le 18 novembre dénoncé un concours truqué et annoncé sa démission du jury de Miss Univers, ne voulant pas cautionner ce qu’il appelait une « mascarade ». Preuves à l’appui, Omar Harfouch avait dénoncé un conflit d’intérêts et une organisation opaque, affirmant même avant l’élection que Raùl Rocha ferait en sorte que Miss Mexique gagne, ce qui est arrivé.

Malgré les preuves apportées par Omar Harfouch, ce dernier s’étonne de la réaction à la fois timide et tardive et de Sylvie Tellier, qui n’a pris la parole qu’au moment où l’étau se resserre sur Raul Rocha, et qui est restée totalement silencieuse sur les accusations les plus graves concernant le concours, à savoir la triche et les conflits d’intérêts et ramifications criminelles.

Omar Harfouch a ainsi déclaré à Entrevue :

« L’ancienne Miss France et ex-directrice nationale du concours, Sylvie Tellier, s’est dite choquée uniquement parce que Raúl Rocha, l’ancien président de l’organisation Miss Univers, aujourd’hui recherché par les autorités pour présomption de trafic d’armes, trafic de drogue et blanchiment d’argent en bande organisée, a affirmé que certains passeports pouvaient constituer un désavantage pour les candidates à Miss Univers.

C’est cette remarque qui l’a scandalisée, mais pas la fraude massive qui entoure le concours Miss Univers à Bangkok.
Elle n’a pas été choquée par le faux jury.
Elle n’a pas été choquée par la pré-sélection secrète des finalistes.
Elle n’a pas été choquée par le scandale qui ébranle désormais l’intégrité de toute la compétition mondiale.

En fermant les yeux sur ces actes graves de tricherie et sur les réseaux criminels qui pourraient se trouver derrière le concours, et en ne prenant pas position alors qu’elle est directement liée à l’industrie des concours de beauté, elle se rend complice. »

La société Miss France bien passive

Dans la même lignée, le manque de réaction concrète de la société Miss France interroge fortement. Alors que Omar Harfouch dénonçait dès le 18 novembre un concours de Miss Univers totalement truqué, preuves à l’appui, l’organisation française n’a absolument pas réagi, faisant comme si de rien n’était, laissant notamment Ève Gilles, Miss France 2024, participer à une mascarade dans laquelle elle n’avait aucune chance de gagner. En guise de seule réponse, la société Miss France a simplement déploré le fait qu’elle dépensait 10 000 euros de licence par fille pour participer à Miss Univers, comme si l’argent était le seul élément qui comptait, plus que la triche en elle-même…

Les réactions de Sylvie Tellier et de la société Miss France, qui dénoncent sans vraiment dénoncer ni agir, interrogent. Ce « minimum syndical », plus opportuniste et démagogique que réellement incisif, laisse perplexe. Face au scandale sans précédent qui a secoué Miss Univers, on aurait été en droit d’attendre des mots et des actes beaucoup plus forts de Sylvie Tellier et de la société Miss France, et non de simples et tièdes réactions…

Miss France : Sylvie Tellier accusée de favoritisme dans le passé

Si l’organisation de Miss Univers est aujourd’hui engluée dans un scandale sans précédent, l’élection de Miss France a également été entourée de soupçons par le passé. On se rappelle notamment qu’en 2019, une ex-candidate à l’élection de Miss Nord-Pas-de-Calais nous avait contactés à la rédaction. Révoltée par les pratiques des comités régionaux et du comité Miss France, elle souhaitait dénoncer publiquement le favoritisme et l’injustice qui, selon elle, règnaient chaque année lors des élections des Miss régionales et de Miss France, à l’époque ou Sylvie Tellier était à la tête du concours.

Selon elle, certaines Miss avaient été évincées pour des photos jugées trop dénudées, tandis que d’autres, mieux soutenues par le comité ou proches de personnalités influentes, avaient été épargnées pour des motifs similaires. Elle citait notamment les cas de Mavéa Dupriez et Charlotte Zabatta, exclues pour des photos pourtant moins explicites que celles attribuées à Florentine Somers, qui avait été autorisée à concourir.

L’ex-candidate affirmait que le comité régional et Sylvie Tellier avaient validé personnellement des photos normalement éliminatoires, ce qui constituait selon elle une preuve de favoritisme. Elle estimait que certaines candidates étaient promues parce qu’elles correspondaient au « profil » recherché chaque année : rousse, métisse ou blonde selon les directives supposées de la direction du concours.

Elle assurait également que des concurrentes avaient été éliminées stratégiquement pour laisser la place à d’autres jugées plus « rentables médiatiquement ». Elle citait par exemple la destitution de Meggy Pinte, qu’elle attribuait au désir de mettre en avant Annabelle Varane, sœur du footballeur Raphaël Varane.

D’après son témoignage, une partie du jury était influencée et les décisions étaient déjà prises avant le défilé, et le vote du public ne pesait presque rien dans le choix final. Certaines Miss recevaient même des consignes précises sur ce qu’elles devaient dire aux journalistes, par peur d’être sanctionnées.

Elle évoquait aussi des pressions, du chantage implicite et le risque d’être « blacklistée » professionnellement, ainsi qu’un climat de peur dans lequel les Miss hésitaient à parler publiquement. Elle dénonçait un système où les Miss étaient encouragées à ramener du public payant, faisant du concours une source de revenus pour les comités.

Enfin, elle rapportait plusieurs témoignages sur des discriminations, notamment envers une candidate jugée « trop grosse » ou une autre à qui l’on avait dit qu’une cicatrice l’empêcherait d’être élue.

Selon elle, cette accumulation d’injustices avait créé un profond mal-être chez de nombreuses candidates, dont certaines quittaient les concours en pleurs ou abandonnaient définitivement.

Précisons que suite à cette interview choc, que nous avions publiée en 2019, Entrevue n’avait pas été attaqué en justice. Ces révélations pourraient-elle expliquer la relative « passivité » de Sylvie Tellier et de la société Miss France face au scandale frappant Miss Univers ? Et si au final, Miss France méritait aussi sa vraie révolution ?

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